Exemple à Grigny dans l'Essonne, où une expérience unique en France se déroule entre l'agence régionale de santé et la mairie.

Les répercussions se font sentir sur la population de Grigny
Les répercussions se font sentir sur la population de Grigny © AFP / Patrick Kovarik

On est dans l'Essonne, donc en région parisienne et pas au fin fond de la Creuse, une région en proie à la désertification médicale dans certains quartiers, due au non remplacement de médecins partis à la retraite.

Grigny est en manque de médecins et déjà les répercussions se font sentir sur la population, explique Philippe Rio, le maire communiste de la ville : "l’espérance de vie diminue, c’est constaté depuis deux ou trois ans. Lorsque la couverture vaccinale des enfants en cinquième est de 30% alors que l’objectif national est de 80%, alors on peut dire qu’on a de véritables problèmes de santé et de praticiens dans la ville".

Nous sommes la ville la plus jeune de l'Essonne, qui est le département le plus jeune, et quasiment sans pédiatre.

"Le suivi des femmes enceintes est un véritable manque et je ne vous parle pas d’ophtalmo et d’orthophonistes" explique Philippe Rio."Nous sommes obligés de créer de nouvelles formes de partenariats". Et ce nouveau partenariat c'est donc une association entre l'agence régionale de santé, l'hôpital donc, qui a un rôle majeur puisque c'est lui qui fournit la denrée rare : le médecin pour le "prêter" en quelque sorte à la ville, et la mairie qui offre un cabinet médical tout neuf, entièrement équipé, avec même un secrétariat.

Ce médecin, volontaire bien sûr pour être détaché trois jours par semaine, c'est le Dr Djamel Kodja : "C’est un challenge et c’est intéressant. A Grigny il y a des médecins qui sont partis à la retraite, d’autres qui vont partir. Il y a un besoin de consultations et il y en a de plus en plus, ils sont satisfaits et ils reviennent. Sans cette solution, la population aurait consulté avec beaucoup de retard, ou elle n’aurait pas consulté du tout".

Ce patient, venu en consultation, explique combien c’était compliqué, jusqu’ici, de voir un médecin : "Ici pour trouver un médecin on galérait, il donnait un rendez-vous après 15 ou 20 jours, puis il est parti à la retraite. D’autres ne prenaient plus de patients en plus. Maintenant ça va".

Les patients et la ville y trouvent donc leur compte, mais l'hôpital, quel est son intérêt ? Thierry Schmidt dirige le centre hospitalier Sud Francilien à Corbeil-Essonne : "L'hôpital a deux intérêts : si le patient n’est pas pris en charge assez tôt par un généraliste ,il viendra dans un dispositif de soins hospitalier avec moins de chances de guérison et il coûtera plus cher et ça évite aux patients de venir aux urgences".

Sur tout le territoire la chasse au médecin est féroce

Entre les communes, c'est un peu la guerre dans cette recherche de médecin. Philippe Rio, le maire de Grigny : 'Le problème c'est qu'on est en concurrence entre territoires et ça va perdurer. Tous les autres maires voient leurs médecins partir. Une ville pauvre comme celle-ci ne peut pas monter un centre de santé donc il faut qu’on réagisse autrement. Cette course est sans fin et va laisser sur le carreau des patients'.

Alors pour ne pas en arriver là, il faut tenter ce type d'expérience, certes l'hôpital ne peut pas partout "prêter" ses médecins, en attendant c'est tout un quartier de Grigny qui vit mieux grâce à son nouveau médecin.

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