En France, les croyants sont de plus en plus nombreux à critiquer Benoît XVI. Selon un sondage IFOP publié ce week-end, 43% des catholiques français souhaitent son départ. Plusieurs polémiques agitent l’Eglise depuis deux mois et les fidèles s'interrogent. Première pomme de discorde, fin janvier, lorsque le pape décide de lever l'excommunication de Richard Williamson, évêque intégriste remarqué pour ses propos négationnistes. L'affaire entraîne un flot de protestations, y compris au sein de l'élite épiscopale la plus conservatrice. A tel point que Benoît XVI se fend d'une lettre aux évêques du monde entier pour expliquer son geste et tenter de rassurer. Un mea culpa très personnel et inédit de la part d'un pape. Puis, il y a eu l'histoire de cette mère excommuniée au Brésil. Son péché ? Avoir fait avorter sa petite fille de 9 ans, violée par son beau-père et enceinte de deux jumeaux. Sans compter les dernières déclarations du souverain pontife sur le préservatif et son hostilité à l'avortement thérapeutique. Une succession de maladresses et de polémiques qui, aujourd'hui, inquiète bon nombre de catholiques. Un malaise relayé par la presse chrétienne, notamment par l’hebdomadaire « La Vie », avec ses 180 000 abonnés, des catholiques pour la plupart. Gérard Desmet s'occupe du courrier des lecteurs. Depuis 2 mois, il croule sous les lettres et les mails. Un courrier abondant où se mêlent inquiétude et colère (interview). Et sur le site internet du magazine, le débat est souvent très vif entre les partisans du pape et ses détracteurs. Aujourd'hui, l'opinion catholique apparaît clairement divisée sur les questions de société comme la contraception, l'avortement ou l'homosexualité. Jean Mercier dirige le service religion de « La Vie » (interview). Jamais un pape n'avait été aussi impopulaire depuis 1968, date à laquelle Paul VI avait interdit la contraception alors que tout le monde s'attendait à ce qu'il autorise la pillule pour éviter l’avortement. A l'époque, l'affaire avait fait grand bruit, bien plus que les récentes déclarations de Benoît XVI, même si, aujourd'hui, la rupture entre l'Eglise et les croyants semble profonde et pourrait encore s'aggraver, d'après Jean-Pierre Denis, le directeur de « La Vie » (interview). Reste à savoir quelles pourraient être les conséquences d'une telle crise pour l'Eglise. Le journaliste Jean Mercier avance quelques hypothèses (interview). Une réconciliation difficile. Impossible, diront les plus pessimistes, entre un pape rigoriste et des croyants qui ne veulent plus de cette image caricaturale. Celle d'une Eglise repliée sur elle-même. C'était un reportage de Yann Gallic.

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