Les chiffres de l'alcoolisme en France sont toujours aussi terribles : 23 000 morts chaque année, 2 millions de personnes lourdement dépendantes. Un nouveau rapport doit être remis aujourd'hui au ministre de la Santé par Hervé Chabalier qui est journaliste et qui a lui-même publié l'an dernier chez Robert Laffont "Le dernier pour la route". L'alcool détruit certaines personnes et détruit leurs familles. Mais pour des raisons économiques, les drames vécus par les adultes et leurs enfants sont pudiquement éludés. Depuis peu, grâce au courage de quelques médecins, on parle du syndrome d'alcoolisation foetal qui frapperait chaque année 7 000 nouveau-nés, soit 1% des naissances. Ce syndrome d'alcoolisation fœtale a même un acronyme, le SAF et pourtant il est très peu connu du grand public alors qu’il a été décrit pour la première fois par un médecin nantais en 1968. Et pourtant, près de 40 ans plus tard, à la question :"une femme enceinte peut-elle boire de l'alcool ?", la réponse depuis des décennies est "oui, mais en quantité raisonnable, une fois de temps en temps" ou même "le petit ça le rendra plus solide". En réalité, ce que la future maman boit, son fœtus le boit aussi car l’alcool traverse le placenta. Et l’alcoolémie de la mère et de l’enfant est la même une demi-heure après l’absorption. Donc si l’alcool est toxique pour l’adulte, il l’est d’autant plus pour le fœtus dont les tissus sont en formation et les répercussions sur son cerveau peuvent être catastrophiques. Interview du Docteur Lamblin, pédiatre à La Réunion. En plus, l’alcool peut provoquer un retard de croissance et des anomalies du visage avec un faciès aplati et des petits yeux. Le syndrome d’alcoolisation fœtale est la première cause de déficience intellectuelle évitable, la première cause d’inadaptation sociale et ses dommages seront présents toute la vie. A La Réunion, la protection des femmes enceintes contre l’alcool est devenue une priorité de santé depuis 96, car 5 enfants sur 1 000 étaient atteints comme dans certaines régions du Nord, de Normandie ou de Bretagne. Toutes les autorités réunionnaises concernées se sont mobilisées et le fléau a reculé : création d’une association et d’un réseau avec une femme-relais qui se rend auprès des femmes. Noema était alcoolique et il y a 9 ans, elle a mis au monde Stephi qui souffre du SAF. Noéma. Interview de Noéma. Enfin, Anne-Marie Payette, sénatrice de La Réunion, courageusement, a voulu informer les femmes enceintes grâce à un pictogramme collé sur les bouteilles : un sens interdit plaqué sur le profil d’une femme enceinte ou bien un message. Là un incroyable combat s’est engagé pour tenter de barrer son initiative. Interview d'Anne-Marie Payette. De toutes façons la ténacité d’Anne-Marie Payette est à toutes épreuves, elle ne baissera pas les bras. Et puisqu’on ne cesse de nous dire que la santé a un coût, rappelons qu’un enfant victime de ce syndrome coûte à la société entre 600 000 et 5 millions d’euros. Un dossier d'Hélène Cardin, journaliste-spécialiste des questions de santé à France Inter.

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