Un reportage signé Benoît Collombat C’est « l’affaire dans l’affaire » : les salariés de la DCN, la Direction des constructions navales, étaient-ils menacés avant l’attentat de Karachi ? Pour la DCN, la réponse est : « non ». Benoît Collombat a mené l’enquête, ce n’est pas sa conclusion. Il y a d’abord le témoignage de ce policier que nous avons rencontré : Mustapha Laraich. Chef d’antenne à Karachi pour le compte du SCTIP, le Service de coopération technique internationale de police. Trois semaines avant l’attentat de Karachi, qui fera 11 morts français, il est alerté par deux importantes sources pakistanaises de l’imminence d’un attentat. Mustapha Laraich rédige immédiatement une note au Ministère de l’Intérieur. Puis, il fait part de ces informations lors d’une réunion de sécurité au Consulat de France, en présence de représentants de la DCN et des services secrets français. Pourtant, devant les enquêteurs, le chef de site de la DCN à Karachi, Gérard Clermont, explique qu’il n’y a eu aucune mise en garde, aucune menace contre les Français. Réponse de Mustapha Laraich. Une note de la DCN, rédigée après cette réunion, qualifie étrangement d’« inutilement pessimiste » l’inquiétude sur la situation sécuritaire. Est-ce ça veut dire que la DCN n’avait pas conscience du danger ? La menace apparaît pourtant clairement au fil des alertes et des notes internes que nous avons pu consulter. Fin janvier 2002 : un collaborateur pakistanais de la DCN à Karachi se fait voler sa mallette avec la liste des employés français et leur badge. Quelques jours plus tard, une bombe désamorcée est retrouvée sous la voiture d’un diplomate français. Devant les enquêteurs, un salarié de la DCN à Karachi expliquera même que 3 semaines avant l’attentat, il était sous surveillance, potentiellement en danger. C’est également ce que révèle à notre micro le policier Mustapha Laraich. Ce « ciblage », trois semaines avant l’attentat montre bien que les salariés français du contrat pakistanais n’ont pas été visés par hasard. Et face à ces menaces, est-ce que les mesures de sécurité ont été renforcées ? Non. Et c’est ce qui scandalise les familles de victimes. En 2004, la DCN et le Ministère de la Défense ont d’ailleurs été condamnés par le Tribunal des affaires de Sécurité sociale de la Manche, pour avoir « sous-estimé » les risques et ne pas avoir assez protégé le personnel. Bizarrement, deux mois seulement après le 11 septembre 2001 le niveau d’alerte et de sécurité est abaissé ; les salariés transportés dans le même bus sans modifier le trajet jusqu’au chantier naval. Pour l’avocat de la DCN, Bruno Labey-Guimard, rien ne justifiait des mesures de sécurité particulières. Du côté des familles de victimes, c’est évidemment la colère. Pour Magali Drouet, la fille de Claude Drouet tué dans l’attentat, la sécurité est passée après l’exécution du contrat. Elle raconte le retour de son père à Karachi en décembre 2001. Après l’attentat, les familles de victimes ont été dissuadées de porter plainte au pénal pour « mise en danger de la vie d’autrui ». Aujourd’hui, elles s’apprêtent à le faire, après les derniers rebondissements de l’enquête. L’enquête continue sur le site internet de France Inter ! Dossier complet (avec documents, photos et interviews en longueur) à retrouvez sur France-inter.com. ### liens

Dossier spécial de la rédaction sur des "alertes" négligées

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