Deux hommes comparaissent devant la cour d'assises de Paris après la mort d'un supporter du PSG, en 2010. Un drame a changé les rapports entre les ultras et les autorités.

Une banderole au Parc des Princes, le 24 avril 2010
Une banderole au Parc des Princes, le 24 avril 2010 © AFP /

Il y a clairement eu un avant et un après : en 2010, les journaux annoncent le décès de Yann Lorence, membre de la tribune Boulogne du Parc des Princes. C'est l'épisode le plus tragique de la rivalité entre Auteuil et Boulogne, du nom de deux tribunes du stade parisien : des supporters d'un même club, le PSG, mais qui sont en opposition sur tout. D'un côté, Boulogne, tribune blanche, de l'autre Auteuil, plus métissée, mais aussi avec des éléments virulents.

Le soir des affrontements, les abords du Parc des Princes ressemblaient à un champ de bataille. "Au milieu de la foule on sentait quelque chose de violent, il y avait des endroits d'où je ne m'approchais pas", se souvient Nino, abonné en virage à l'époque, qui se souvient que la situation était tendue depuis longtemps. "On voyait que c'étaient des types qui étaient là pour la bagarre et se battaient au moindre truc".

"En sortant des tribunes, j'étais toujours sur mes gardes".

Pour la première fois, après ces événements, les pouvoirs publics et le club ont décidé de prendre des mesures fortes : le plan Leproux (du nom de Robin Leproux, président du club en 2010), amène une idée totalement inédite : le placement aléatoire. Impossible de choisir sa place, et encore moins son virage.

Boycott des supporters

Principale conséquence : un habitué d'Auteuil et un habitué de Boulogne peuvent se retrouver non plus face à face mais côte à côte. Et paradoxalement, c'est moins dangereux, assure Jean-Louis Fiamenghi, qui était à l'époque directeur de cabinet du Préfet de police de Paris : "Ce n'est plus le groupe, on est dans de l'individuel à ce moment-là", explique-t-il. "On a pris ce risque, moins important que d'avoir affaire à plusieurs centaines d'individus regroupés dans des tribunes qui s'auto-alimentaient en agressivité".

Ajoutez à cela la suppression des abonnements : l'effet est spectaculaire, le climat change radicalement mais le Parc des Princes se retrouve à moitié vide, de nombreux abonnés parlent de punition collective disproportionnée et décident de boycotter le stade. Des matches se jouent devant à peine 20.000 spectateurs.

Des motifs d'interdiction vagues

Le placement aléatoire est une mesure emblématique, mais pas la seule : éloigner les leaders du parc, les empêcher de venir pour des motifs parfois assez vagues. Une stratégie de harcèlement menée quitte à ce que ces interdictions soient ensuite cassées par la justice, mais bien plus tard.

James s'occupe d'une association de défense des supporters en désaccord avec le club sur cette stratégie. Sa vie de passionnée de football a été très compliquée, il a tout connu : "Il y a eu les annulations de places, les achats où on se retrouve bloqués à l'entrée où on nous dit que de toute façon on ne rentrera pas. Ensuite il m'est arrivé de pouvoir entrer au stade, mais au bout de quelques minutes on m'a fait sortir. J'ai même connu l'interdiction de circuler dans certains quartiers de Paris", raconte-t-il.

"Ce n'est plus une question de personnes violentes, c'est vraiment viser des personnes juste parce qu'elles ne sont pas d'accord"

Aujourd'hui, le PSG est dans un entre-deux : 150 à 200 ultras sont à nouveau autorisés à revenir au stade, depuis plusieurs rencontres. Les mesures prises par le club parisien ont servi de laboratoire au reste de la France, notamment pour les interdictions de déplacement. Hors état d'urgence, il y en a eu une soixantaine la saison dernière, et pas seulement en Ligue 1.

Deux poids deux mesures

Des mesures exceptionnelles mais assumées, selon le commissaire Antoine Boutonnet, chef de la division nationale de lutte contre le hooliganisme : "On doit prendre des décisions avant, et on sera jugé a posteriori. Si rien ne se passe on demandera pourquoi on l'a fait ; mais si quelque chose se passe alors qu'on n'a pas pris de décision ou de mesure administrative, les mêmes observateurs nous demanderont pourquoi on n'a pas pris ces décisions".

Les associations de supporters dénoncent deux poids deux mesures : avec l'Euro et le match Russie-Angleterre à Marseille, impossible diplomatiquement d'interdire la venue des Russes. Cet exemple est aussi repris par les pouvoirs publics : pas d'interdiction sur ce match à risques, des violences et une polémique.

Ce contrôle des déplacements permet surtout de réduire le nombre de policiers nécessaires pour sécuriser les matches de football : -30% depuis 2009, ce qui permet, selon les autorités, aux forces de l'ordre de se concentrer sur d'autres tâches plus prioritaires en période d'état d'urgence.

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