Moins avancé que d'autres dans la course au vaccin, l'Institut Pasteur a pourtant foi en sa méthode qui s'appuie sur le vaccin de la rougeole, et il promet le sien pour l'automne 2021. Il poursuit en ce moment ses essais de phase 1 entamés au mois d'août sur 52 volontaires français.

52 volontaires français testent depuis le mois d'août les vaccins Covid de l'Institut Pasteur
52 volontaires français testent depuis le mois d'août les vaccins Covid de l'Institut Pasteur © Radio France / Véronique Julia

Même s'il a mis, lui aussi, les bouchées doubles pour mettre au point un vaccin contre le Covid-19, l'Institut Pasteur parait pour l'instant un peu distancé en terme d'annonces par les laboratoires Moderna ou Pfizer-Biontech puisqu'il évoque lui, un vaccin disponible seulement pour l'automne 2021. "Logique, dit-il, car les vaccins à ARN Messager que produisent Moderna et Pfizer, sont plus rapides à mettre au point". Mais il a confiance en sa méthode, et il poursuit en ce moment, imperturbable, ses essais de phase 1 à l'hôpital Cochin à Paris, où nous nous sommes rendus.

La volonté de "faire quelque chose" contre le virus

Étonnant de se dire qu'un peu de l'avenir du monde se joue peut-être dans ce préfabriqué de l'enceinte de l'hôpital Cochin. Bâtiment "Lavoisier" : l'endroit ne paie pas de mine, il abrite pourtant le CIC, le Centre d'Investigation Clinique que dirige l'infectiologue Odile Launay et qui mène les essais de phase 1 depuis le mois d'août.  52 volontaires, des hommes surtout, âgés de 18 à 55 ans, ont accepté de se prêter à l'exercice, motivés en général par la volonté de "faire quelque chose" contre cette pandémie. Étudiants, parlementaires, chercheurs, comme Dominique, 54 ans. Il est chercheur en cancérologie, ancien "pasteurien", comme il dit, et il est venu en voisin depuis le bâtiment d'à côté qui héberge son laboratoire. "En tant que chercheur en cancérologie, nous dit-il, je ne pouvais pas faire grand chose contre le Covid, car ce n'est pas mon domaine de recherche, alors quand j'ai vu passer l'appel à volontaires sur ma messagerie, je me suis dit que c'était une façon d'aider, et je n'ai pas hésité". 

Inclus dans l'essai cet automne, Dominique a déjà reçu ses 2 doses de vaccin, à un mois d'intervalle. Quinze jours après sa seconde injection, le jour de notre visite, il revient donc au centre pour une visite de contrôle. "Avez-vous eu de la fièvre, des maux de tête ?" lui demande Marie Lachâtre, l'infectiologue qui le reçoit. Dominique répond par la négative. Tout va bien pour lui à ce stade, il n'a relevé aucun problème particulier. Durant la visite, on lui prendra la tension, on lui fera aussi une prise de sang, aussi. On vérifie que le vaccin est bien toléré et on voit s'il génère une réponse immunitaire.

Essai, phase 1

La phase 1, c'est la première phase d'essai sur l'homme. On voit comment les volontaires réagissent à une faible dose, une forte dose ou même une seule et unique injection. "Il y a en fait trois groupes de volontaires, mais c'est un essai en double aveugle, personne ne sait ce qu'il a reçu, et nous non plus, explique le docteur Marie Lachâtre. Le premier groupe reçoit soit deux fortes doses, soit le placebo, le second groupe reçoit soit deux faibles doses, soit le placebo. Et le 3e groupe reçoit une première dose de vaccin, et pour la 2e injection, un placebo, le but étant de savoir avec ce 3e groupe si une seule injection de vaccin pourrait suffire, ce qui serait évidemment plus simple et plus pratique". 

Les volontaires doivent être en bonne santé, sans antécédent de Covid, et sans projet parental immédiat. Ils seront suivis pendant un an. C'est la première fois que Dominique participe à un essai clinique : "Je n'ai pas la sensation de payer un lourd tribu, tout va bien pour l'instant, je ne suis pas un inquiet du vaccin à la base, donc... et puis, je suis quand même un peu du métier, je connais les procédures, je suis un ancien "pasteurien" en plus, et on sait qu'ici les choses sont bien faites, il y a quand même un historique ! Je ne sais pas en revanche si j'aurais participé avec un vaccin aussi expérimental que le vaccin ARN, qui n'avait jamais été expérimenté, je me serais beaucoup plus posé, la question... Clairement, oui".

Moins de recul sur les vaccins ARN  

Les vaccins à ARN qu'évoque Dominique sont ceux que fabriquent Pfizer et Moderna, les premiers à avoir communiqué leurs résultats d'efficacité. Pasteur utilise une technologie différente, qui repose sur le vaccin contre la rougeole qui est modifié pour protéger du coronavirus. La méthode est rassurante car elle a fait ses preuves depuis longtemps, le vaccin contre la rougeole a protégé des générations entières et des milliards de personnes dans le monde. Mais cette méthode prend plus de temps. Odile Launay est responsable du Centre d'Investigation Clinique de l'hôpital Cochin: "L'ARN va plus vite parce qu'il n'y a pas besoin de faire une construction vaccinale, il suffit juste de produire l'ARN Messager et c'est facile à développer, le vecteur viral que Pasteur a mis au point est clairement plus long a construire. Mais en quelques mois, c'est quand même très rapide !". Très rapide car en règle générale, un vaccin met des années plutôt que des mois à être mis au point. L'accélération est donc phénoménale. 

"Il y aura de la place pour tout le monde !", plaide de son coté Christophe d'Enfert. Pour le directeur scientifique de l'Institut Pasteur, chaque type de vaccin aura ses avantages et ses inconvénients: "C'est vrai qu'avec les vaccins ARN, on a moins de recul, et ce sont souvent des vaccins assez chers... ceux qui utilisent des vecteurs viraux sont en général beaucoup moins cher. Et puis il y a la logistique, les vaccins ARN se conservent à très basse température quand les autres peuvent être stockés à 4 degrés. C'est vrai qu'on aurait préféré arriver les premiers, mais tous ces vaccins ont été développés de façon extrêmement rapide, et de toute façon chacun aura sa valeur".

À terme, il est probable en effet que les différents vaccins auront chacun des caractéristiques, de protection et de durée de protection notamment, qui les rendront plus ou moins adaptés pour tel ou tel public. Certains pourront par exemple mieux convenir aux personnes âgées. Pasteur développera son vaccin avec le laboratoire Merck, pour une distribution probable a l'automne prochain.

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