Aucun des projets financés par Areva sur Uramin n'avait abouti
Aucun des projets financés par Areva sur Uramin n'avait abouti © MaxPPP

C’est l’un des plus grands fiascos industriels de ces dernières années. France Inter se penche sur l’affaire Uramin qui fait actuellement l’objet d’une enquête préliminaire.

En mai 2007, Areva a racheté cette société canadienne qui possédait trois mines en Afrique pour près de 2 milliards d’euros. Le problème c’est que sept ans après, aucun de ces mines n’est exploitable. Pourquoi une telle somme pour des mines de si peu de valeur ?

L’obsession minière

Replongeons-nous dans le contexte d’alors : à cette époque, pour la patronne d’Areva, Anne Lauvergeon, acheter des mines est une véritable obsession. Marc Goua, un député socialiste qui a fait un rapport sur la vente d’Uramin explique : "Certains indiquaient une pénurie… Et Anne Lauvergeon s’était vue refuser l’achat d’une mine en Australie, alors qu’elle devait sécuriser ses approvisionnements… Après l’échec australien, elle a donc cherché une nouvelle proie. Elle est donc tombée sur Uramin… "

Marc Goua, député socialiste auteur d'un rapport sur la vente d’Uramin

Uramin, une société domiciliée aux Iles Vierges dont un des fondateurs était sous le coup d’un mandat d’arrêt émis par la Corée du Sud. Autre anomalie : six mois avant l’achat, le cours des actions est multiplié par quatre. Même dans le contexte qu’on vient d’évoquer, ça fait beaucoup. Vincent Crouzet, auteur d’un livre inspiré de l’affaire Uramin, et qui a été entendu dans le cadre de l’enquête, a sa théorie là-dessus : "On a probablement ficelé des paquets d’actions sous des faux-nez, puis on les a reversés à des bénéficiaires beaucoup moins nombreux que les porteurs originels…"

Vincent Crouzet, auteur d’un livre inspiré de l’affaire Uramin

D'anomalies en anomalies

Sans que l’on sache qui sont ces porteurs. Mais il y a une autre anomalie dans cette affaire. Comment se fait-il qu’Anne Lauvergeon, le conseil de surveillance et l’agence des participations de l’Etat, actionaire principal d’Uramin, aient tous pris pour argent comptant un rapport d’expert payé par le vendeur, alors que des géologues en interne tiraient la sonnette d’alarme ?

Ca n’était pas des gisements inconnus

Pour Didier Julienne, un stratège en ressources naturelles, on savait pourtant que ces mines ne valaient pas grand-chose. "Lorsqu’en 2007 ces mines sont rachetées, ces territoires ont déjà été explorés par des acteurs actifs dans le secteur depuis les années 50. Il existe un livre qui indique d’ailleurs que certains gisements étaient soient techniquement inexploitables, soit trop pauvres pour que l’on puisse récupérer l’uranium. Ca n’était donc pas des gisements inconnus… ", explique-t-il.

Didier Julienne, stratège en ressources naturelles

Un milliard d’euros, en vain

Il n’empêche : Areva achète, puis investit encore près d’un milliard d’euros dans des routes, une usine de désalinisation et l’achat de permis d’exploiter en Centrafrique… Pour rien puisqu’aucun de ces projets n’a abouti. Au Niger, dans la mine d’Imouraren, il se passe exactement la même chose. Après l’avoir présentée comme un joyau, Areva est en train de la mettre en sommeil. D’où les interrogations de William Bourdon, avocat et président de l’association humanitaire Sherpa : "Beaucoup d’acteurs africains sur place étaient sceptiques sur ce gigantesque investissement. Nous nous étions alors posés la question sur la pertinence de l’investissement et le taux de rentabilité annoncé : n’y aurait-il pas eu un modus operandi calamiteux global qui aurait conduit une équipe de personnes qui aurait mené des investissements considérables sans pertinence économique ? Si tout cela est vrai, cela serait d’une très grande gravité "

William Bourdon, avocat et président de l’association humanitaire Sherpa

Les intéressés, eux, avancent qu’il faut se replacer dans le contexte. Que Fukushima a plombé le marché du nucléaire. Et que ces mines seront peut-être exploitables un jour, si le cours de l’uranium remonte. Et la technologie évolue.

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