Cultiver sans glyphosate, est-ce possible ? Manuel Ruffez est allé à la rencontre d'agriculteurs qui luttent contre les mauvaises herbes autrement. Et ça n'est pas simple.

Se passer de glyphosate, c'est beaucoup de boulot, mais c'est aussi rentable. Quentin De La Chapelle a diversifié ses cultures pour lutter contre les mauvaises herbes sans recourir au glyphosate.
Se passer de glyphosate, c'est beaucoup de boulot, mais c'est aussi rentable. Quentin De La Chapelle a diversifié ses cultures pour lutter contre les mauvaises herbes sans recourir au glyphosate. © Radio France / Manuel Ruffez

Le glyphosate, cet herbicide bon marché et très efficace, est aussi classé comme "cancérigène probable" par l'OMS depuis deux ans, en contradiction avec les avis des agences européennes. Or, mercredi l'union européenne doit se prononcer sur le renouvellement de l'autorisation du glyphosate pour les 10 prochaines années. La France a déjà indiqué qu'elle voterait contre et le ministre de l'Écologie Nicolas Hulot a précisé mardi qu'il se donne jusqu'en 2022 pour interdire la substance.

Quatre ans, c'est court, d'autant plus que le monde agricole ne semble pas prêt à s'en passer.

Quentin de la Chapelle est agriculteur dans l'Argonne, une petite région de l'est parisien. Au milieu des semis d'escourgeon où il nous reçoit, ce cultivateur a fait le choix d'essayer "de plutôt travailler le sol superficiellement pour détruire les repousses" sans utiliser d'herbicide.

Une économie en chimie qui améliore la rentabilité

Il ne le cache pas Quentin de la Chapelle, c'est beaucoup de boulot, pas mal de mécanisation mais surtout pour lutter naturellement contre les mauvaises herbes, Il faut alterner les cultures. Blé, orge, colza, maïs, betteraves, trèfle, luzerne, chanvre et pois se relaient sur ses 160 hectares. Mais au bout du compte, dit-il, "c'est très valorisant, et même rentable".

"D'après mon comptable, la ferme va aussi bien que depuis mon installation. Il y a plusieurs leviers qui permettent de s'en sortir économiquement : d'une part la diversification des cultures, qui demande de chercher des débouchés et par ailleurs l'économie de chimie que je fais sur ma ferme, qui représente en moyenne 150 euros par hectare, ça fait l'équivalent du prix d'une tonne de blé que j'ai déjà, avant même d'ensemencer, récolté par l'économie sur ma ferme."

La polyculture comme alternative au glyphosate, un modèle adaptable à toute l'agriculture française ?

Ce mode de culture n'est pourtant pas applicable partout, notamment parce que tout dépend de la qualité des sols, des débouchés pour les céréales. Bref, une grande partie de la profession n'y est pas encore. D'ailleurs, en grandes cultures, on vous le dit tout net, se passer du glyphosate d'une manière ou d'une autre ce serait trop cher : un milliard d'euros par an et une perte de compétitivité. 

Ces chiffres, proviennent de calculs que Rémi Haquin, le vice-président de l'association de céréaliers l'AGPB, a pu réaliser avec l'institut technique Arvalis, sur les conséquences de l'arrêt du glyphosate pour l'ensemble des grandes cultures, "compte tenu des pratiques culturales qu'il faudrait modifier, des passages supplémentaires, de la consommation de fioul, des désherbants plus coûteux et moins performants et probablement par une perte de rendements que l'on pourrait estimer, en blé, de l'ordre de 5 %."

Existe-t-il des alternatives sûres et efficaces au glyphosate ?

La réponse est non. Les grands fabricants de ces produits qu'on appelle phytosanitaires sont pourtant tous à la recherche du Graal.  Mais ce n'est pas pour demain, confirme Eugénia Pommaret, la directrice de l'UIPP, l'instance qui regroupe ces fabricants : "Il y a un espace de dix  ans entre le moment où l'on trouve quelque chose en laboratoire et la mise sur le marché. Il y a un long processus qui intègre l'évaluation du produit, des phases d'expérimentation car tous les produits sont soumis à une autorisation de mise sur le marché délivrée par les autorités." Dix ans donc, un temps incompressible qu'il faut intégrer dans le processus de transition : "Si on avait aujourd'hui déjà des alternatives à cette substance, ce serait déjà 'dans le pipe'", c'est à dire déjà en cours d'expérimentation par les entreprises. "Or ce ne semble pas être le cas, il va donc falloir gérer cette période de transition."

Peut-être faudra-t-il donc un jour interdire le glyphosate, mais il faudra alors accompagner l'agriculture française vers de nouvelles méthodes de travail et surtout un autre modèle économique.

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