Annoncé en mai par Emmanuel Macron, le plan anti-drogue devait être finalisé pour juillet. En attendant, sur le terrain, la situation se complique autour des "crackers", les consommateurs de crack, une forme solide de la cocaïne, qui se fume. Ils sont 3 000 à 4 000 dans la capitale, selon les estimations.

Image d'illustration d'un trafic de crack dans le quartier de la gare Saint-Denis.
Image d'illustration d'un trafic de crack dans le quartier de la gare Saint-Denis. © Maxppp / PHOTOPQR/LE PARISIEN

Ils errent au bord du Bassin de la Villette, tout près des terrasses avec familles et touristes : des silhouettes fantomatiques, au visage amaigri, au regard halluciné qui interpellent les passants, pour mendier quelques euros,  la précieuse "galette" qui s'échange de la main à la main, une fois la somme récoltée. Le crack, le caillou, la galette, la cocaïne basée, la free-base, autant de nom pour désigner la même drogue : "C'est une forme solide de la cocaïne", explique Grégory Pfau, docteur en pharmacie à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière. L'effet recherché ? "Une sensation intense de bien-être et de stimulation, comme la cocaïne en poudre mais en plus puissant", poursuit Grégory Pfau. Une drogue qui s'obtient facilement en chauffant de la cocaïne diluée, mélangée à du bicarbonate de sodium ou de l’ammoniaque, "des ingrédients accessibles pour n'importe qui", souligne l'addictologue.

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Grégory Pfau, docteur en pharmacie spécialisé en addictologie

Par Jade Peychieras

Un toxicomane est arrivé pour lui demander de l'argent, elle a dit 'non', il a sorti un tournevis - Cédric, un commerçant, à propos de sa collègue.

"Une bonne taffe, et tu plafonnes. Ils te disent 'bon voyage', tu montes au septième ciel et du redescends", témoigne Ramzi, un bras en moins, une autre main handicapée "après un accident de métro", explique-t-il. Il a 38 ans, dont six passées dans le quartier à fumer du crack. Il est 17h, il cherche de quoi combler le manque. "Tu ferais n'importe quoi pour avoir 15 euros, admet-il. La manche, tu voles, tu braques, n'importe quoi !" Comme Ramzi ils sont des dizaines, des centaines, dans le quartier. 

Les commerçants, à bout, ont même organisé un rassemblement il y a quelques semaines pour dénoncer la situation. Des comportements qui peuvent aller loin, assure Nicolas Hanel, l'un d'entre eux. Il vend des balades en bateau sur les canaux. "Il y a souvent des altercations violentes, des bagarres qui éclatent entre consommateurs et dealers, et de façon générale, surtout en fin de journée. II y a même eu des personnes agressées", assure le commerçant. 

C'est le cas d'une des collègues de Cédric, qui travaille au cinéma juste à côté : "Elle attendait son taxi, quand un toxicomane est arrivé pour lui demander de l'argent, raconte-t-il. Elle a dit 'non', il a sorti un tournevis et lui a donné un coup. Elle a été blessée, assez légèrement heureusement. L'homme a été arrêté, il a été condamné à quatre mois de prison ferme. Mais dans quatre mois il reviendra, donc on recommence, jusqu'à quand ?", se demande Cédric. Une réponse sécuritaire nécessaire mais insuffisante, estime-t-il, un jeu du chat et de la souris. 

La présence policière ne fait que déplacer le problème

Sur les quais, les policiers en uniforme patrouillent sur le quai, un camion de CRS est garé sur la place Stalingrad, à deux pas des transactions. Une fausse bonne idée, qui ne fait que déplacer le problème pour Thomas Souchet, directeur adjoint de l'association Gaïa, qui gère un Centre de soins et d'accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA) et un Centre accueil et accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues (CARUD) dans la capitale. 

"Ces gens-là sont à la rue, ils consomment. Quand un policier vient leur dire de partir, ils vont bouger de deux rues, ils vont consommer un peu plus loin. Il faut un dispositif d'accompagnement". Les Centres d'accueil comme le sien, il en existe une dizaine dans la capitale, qui font face comme ils peuvent. "La solution idéale serait d'avoir au moins une salle de consommation supplémentaire avec un dispositif de repos, de l'accompagnement et des soins de psychiatrie", poursuit Thomas Souchet. 

Pour le moment, la seule salle de consommation à moindre risque de Paris, plus communément appelée "salle de shoot", est ouverte uniquement aux consommateurs de drogues par injection. 

En visite dans le quartier il y a deux semaines, Anne Hidalgo, la maire, a promis un million d'euros supplémentaire pour la prise en charge des toxicomanes, avec davantage de maraudes et davantage de places en hébergement.

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