Sur l'île, des ronds-points sont toujours occupés. C’est le cas notamment d’un de ceux de la ville du Tampon au sud de la Réunion.

A Saint-Denis de la réunion, les "gilets jaunes" se sont massés à l'aéroport pour attendre l'arrivée d'Emmanuel Macron
A Saint-Denis de la réunion, les "gilets jaunes" se sont massés à l'aéroport pour attendre l'arrivée d'Emmanuel Macron © Radio France / Cyril Graziani

Zavier avec un Z précise-t-il, a pris un surnom, celui de son rond-point, les Azalées. Appelés Zavier Zazalées. Depuis 300 jours (le 3 janvier), il a investi ce lieu devenu un symbole des "gilets jaunes". "On a créé la société qu’on veut. Ils essaient de nous déloger, mais on a des volailles, des cochons d’inde. On habite dans un rond-point, on a la douche, le chauffe-eau". Mais pas question de donner le nombre exact d’habitants. "C’est complètement confidentiel", lâche cinglant Zavier. 

Quant au passage d’Emmanuel Macron à la Réunion. "Il ne sera pas fluide. On n’attend rien de lui".

Hier, Zazalées a rejoint une centaine de "gilets jaunes" aux abords de l’aéroport pour guetter le cortège présidentiel. Lui s’est fait particulièrement remarquer en brûlant un portrait d’Emmanuel Macron sous les yeux des forces de l’ordre qui les encerclaient. 

Peu avant le passage du convoi du président, les manifestant ont été délogés avec des gaz lacrymogènes et ont dû se replier. Martine, auxiliaire de vie de Saint-Denis  a encore les yeux rougis par le lacrymo… ou par la colère. "Nous, on voulait juste parler, on avait des ballons, de la musique. On espérait juste le voir, qu’il nous explique comment on peut vivre avec moins de 1 000 euros, lui dire 'on existe'". 

Pour éviter que les manifestants ne s'approchent du cortège du président, ils ont été repoussés par les forces de l'ordre avec du gaz lacrymogène
Pour éviter que les manifestants ne s'approchent du cortège du président, ils ont été repoussés par les forces de l'ordre avec du gaz lacrymogène © Radio France / Cyril Graziani

L’an passé, la ministre des Outre-mer Annick Girardin avait annoncé - notamment pour lutter contre la vie chère - la baisse de 10% du panier Bouclier qualité prix. Selon l’INSEE, si en septembre, les prix ont reculé de 0,6%, sur un an, ils ont malgré tout augmenté de 0,6%. Le coût de la vie d’un ménage réunionnais est 7% plus élevé qu’en métropole, alors que le revenu médian est inférieur de 30 au niveau national (chiffres de l’AFD en 2015).

Cette vie chère, Martine continue à la constater. Elle sourit quand la question lui est posée. "Ça a empiré avec les trucs de base. Yaourts, pain, pâtes, viande, poisson. Poisson, je n’en mange plus, on est à six à la maison, je ne peux pas en manger", déplore-t-elle amère. 

Comme partout sur le territoire depuis un an, la crise des "gilets jaunes" a créé des tensions au sein de la société réunionnaise. L’économie a du mal à se relever selon Bernard Picardo. Le président de la chambre des métiers et de l’artisanat ose même une comparaison. La crise des "gilets jaunes" "a été pire qu’un cyclone, parce que nous-mêmes on avait demandé à notre réseau de déclencher notre fond de calamités pour accompagner nos entreprises qui avaient été incendiées, pillées, cassées, pour les aider à passer ce moment compliqué. Et puis surtout, vous savez qu’un cyclone, lorsqu’il passe sur le département. Il passe pour deux jours, trois jours maximum, là ça a duré quasiment plus de trois semaines".  Aujourd’hui encore, les conséquences de cet arrêt total de l’économie restent visibles à la Réunion. "Lorsqu’on parle de blocage,  de grève, les entreprises tout de suite craignent, parce que c’est très compliqué lorsqu’on ferme un ou deux jours".

À la Réunion, Magalie Bassonville veut se présenter aux municipales à Saint-Denis pour représenter les "gilets jaunes".
À la Réunion, Magalie Bassonville veut se présenter aux municipales à Saint-Denis pour représenter les "gilets jaunes". © Radio France / Cyril Graziani

Loin des ronds-points, loin des blocages. Certains "gilets jaunes" ont décidé de suivre une autre voie. "Tout le monde pense que l’action des 'gilets jaunes' ne se manifeste que par les barrages, donc on a une vision de la population qui considère que le mouvement s’est éteint", explique lentement d’une voix douce, Magalie qui n’a pas raccroché le sien, il est toujours sur la plage arrière de sa voiture. 

Elle œuvre néanmoins en coulisses car elle prépare les municipales de 2020. "Je serai engagée sur la capitale (Saint-Denis). On se positionne, on vit cet objectif de regroupement, de convergence des luttes en grandeur nature. Et on travaille avec différentes consonances pour créer de synergie et de coopération, qui auront comme objectif principal réellement d’amorcer le changement et non pas l’intérêt personnel"

Des barrages aux isoloirs. Une partie des "gilets jaunes" réunionnais misent désormais sur la démocratie pour faire entendre sa colère. Saint-Denis, le Port, la Possession, Saint André auront leur listes étiquetées citoyennes en mars 2020.

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