Ali Mecili, un avocat franco-algérien, est abattu à Paris le 7 avril 1987. Il tentait d’unifier l’opposition algérienne en exil. Son tueur présumé est arrêté, expulsé vers Alger par le ministre de l’Intérieur de l’époque, Charles Pasqua. L’été dernier, l’affaire rebondit : Un diplomate algérien est arrêté à Marignane. Il pourrait être le commanditaire de l’assassinat d’Ali Mecili. Cet homme moustachu au crâne légèrement dégarni s’appelle Mohammed Ziane Hasseni et il est au centre d’un incroyable imbroglio diplomatico-judiciaire entre la France et l’Algérie. Pour comprendre, il faut revenir en avril 87. Le tueur présumé d’Ali Mecili, un proxénète algérien, est arrêté à Paris par les enquêteurs avec dans sa poche un ordre de mission de la Sécurité militaire algérienne, signé d’un certain capitaine Rachid Hassani. 20 ans plus tard, le juge Baudoin Thouvenot, aujourd’hui en charge du dossier, lance un mandat d’arrêt international contre le tueur présumé et contre ce fameux capitaine Rachid Hassani, pouvant également correspondre à une autre identité : Mohamed Ziane « Hassani » ou « Hasseni ». Le 14 août dernier : coup de théâtre ! Le responsable du protocole du ministère algérien des affaires étrangères, dénommé Mohamed Ziane Hasseni est arrêté à l’aéroport de Marseille-Marignane, mis en examen pour « complicité d’assassinat », et placé sous contrôle judiciaire. Pour l’instant, les autorités algériennes sont restées étonnamment silencieuses. Il faut dire que le nouveau patron des services de renseignement français, Bernard Bajolet, ancien ambassadeur de France en Algérie, s’est tout de suite rendu à Alger après l’arrestation. Pour les autorités algériennes, il y a erreur sur la personne. Interview de l’avocat de Mohamed Ziane Hasseni, Jean-Louis Pelletier. Le problème, c’est qu’il y a 15 jours, un ancien membre des services secrets algériens réfugié en Allemagne, Mohammed Samraoui, a désigné formellement le diplomate arrêté comme étant bien le capitaine Rachid Hassani - déclaration faite au site internet Mediapart puis sur France 3, sur la base d’images où l’on voit le diplomate filmé dans les couloirs du Palais de justice. Et là où l’histoire se complique encore un peu plus, c’est que ce témoignage est contredit, au micro de France Inter, par un deuxième témoin clé du dossier : Hichem Aboud, ancien chef de cabinet de la Sécurité militaire, aujourd’hui réfugié en France (interview). Comment interpréter les déclarations contradictoires des uns et des autres ? S’agit-il de règlements de comptes entre clans algériens par témoins interposés ? Des confrontations entre ces différents protagonistes pourront, peut-être, tirer tout cela au clair. En attendant, un épisode risque de relancer la polémique. Lors de son audition, le 1er septembre dernier, Mohamed Ziane Hasseni a refusé de se soumettre aux expertises réclamées par le magistrat. Comme le confirme l’avocat des proches d’Ali Mecili, Antoine Comte (interview). Du côté des avocats du diplomate algérien, aucun commentaire sur ce point. Quant à Annie Mecili, l’épouse de l’avocat assassiné, elle prend les autorités algériennes au mot (interview). Vendredi prochain, la chambre d’accusation de la Cour d’appel de Paris doit se prononcer sur la mise en examen du diplomate algérien. Une enquête de Benoît Collombat.

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Les coulisses de l'affaire Mecili

Interviews en longueurs, photos et documents inédits sur les coulisses de cette affaire Mecili.

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