Jeune femme arabe israélienne
Jeune femme arabe israélienne © REUTERS/Amir Cohen

Les "arabes israéliens", ce sont les descendants des arabes qui n'ont pas quitté le territoire devenu celui d'Israël après 1948, ceux qui n’ont pas fui ou n’ont pas été chassés.

Aujourd'hui, leurs descendants représentent 20% de la population d'Israël. Chrétiens, Druzes, Bédouins, mais à 80%, musulmans. Leur langue, c'est l'arabe, langue officielle en Israël, avec l'hébreu. Ils vivent surtout dans le nord, en Galilée. La plus grande ville arabe-israélienne, c'est Nazareth. Depuis la fin des années 60, ils ont la nationalité israélienne.

Un fossé qui se creuse

Pendant longtemps, ils ont vécu dans une certaine « neutralité », en marge du conflit, mais cet été, le fossé s'est encore creusé avec les juifs d'Israël, bien que leur visibilité dans la sphère politique et les institutions israéliennes se soient renforcées cette dernière décennie. Plusieurs manifestations de soutien aux Gazaouis ont fini en affrontement avec la police israélienne… et en arrestation…

Jaffa, autrefois grande ville arabe de la côte méditerranée, est désormais absorbée par Tel Aviv. Youssef, un professeur soutient les Palestiniens de Gaza : " Oui, je suis avec Gaza. 70% des réfugiés de Gaza sont originaires de Jaffa et je soutiens la résistance quand je vois ce qu'ils font de l'autre côté. En Europe, en Israël, ils considèrent que le Hamas est un mouvement fasciste. On ne dit pas qu'ils sont démocrates, mais quand c'est comme çà, quand il y a une guerre, une lutte, les gens soutiennent la résistance, parce qu'ils veulent la justice."

Manifestations cet été

Pour ce genre de propos, Youssef pourrait être arrêté. Comme des centaines d'arabes israéliens interpellés lors des manifestations de l’été. « Les arabes israéliens saturent », explique Sami Abou Shadeh. L'un d'entre eux, ancien conseiller municipal à Jaffa. "Vous avez eu la grande guerre de 1948, puis la première intifada, puis la deuxième intifada, puis les trois guerres contre le Liban et Gaza. Israël nous met en guerre permanente. Donc maintenant on est dans une situation où notre Etat tue en permanence nos proches et où les tueurs sont nos voisins! C'est très compliqué!"

Ces arabes israéliens sont en fait des Palestiniens et ils rejettent de plus en plus ce terme « d’arabes israéliens » pour se définir comme « Palestiniens d'Israël ». La situation a basculé dans les années 2000, lors de la seconde intifada comme l'explique Sami Abou Shadeh : "C'est pire que l'apartheid. Séparation totale entre les juifs et les arabes. Vous pouvez voir en vous promenant, cette zone développée est juive, celle-là, négligée, est arabe… L'arabe est langue officielle, mais n'existe pas dans la sphère publique. On n'a pas d'université arabe. On a des députés, mais quel est leur poids ? Zéro. Ca veut dire qu'on n'est pas des citoyens et ça, on le sent tous, même ceux qui ont pas de conscience politique."

Une égalité théorique

20% de citoyens arabes dans la société israélienne, en théorie à égalité avec les Israéliens mais dans les faits, il existe une discrimination qui nourrit l'amertume. Le fossé se creuse alors que plusieurs études réalisées ces dernières années montrent qu’une majorité d’entre eux ne souhaitent pas rejoindre un futur Etat palestinien car leur sort est meilleur en Israël. Alors les responsables de ce fossé ? Les arabes israéliens qui se sont transformés en kamikazes dans les années 2000 à Jérusalem ou Tel Aviv. Les politiques aussi. Palestiniens qui les ont utilisés. Israéliens qui ont exploités la peur des attentats… sur le thème, les arabes israéliens sont des traitres. En tête, Avigor Lieberman, un faucon, aujourd'hui chef de la diplomatie israélienne, qui prône un rattachement des villes arabes d'Israël à la Cisjordanie, en échange des colonies de Cisjordanie. Sans oublier les radicaux religieux.

Le rôle du Hamas

Le Hamas, pour qui résistance rime avec violence et qui prône la destruction d'Israël. Et en face, les défenseurs d’un Israël exclusivement juif. Eux sont allés jusqu’à manifester il y a deux semaines pour empêcher un mariage mixte déjà rarissime. Mariage d’un musulman, Mahmoud, et d’une juive, Morale, à Jaffa justement. Le père du marié est inquiet : "Il y a toujours eu des extrémistes ici, mais le niveau qu’on a atteint aujourd’hui, non, jamais. Je suis très inquiet. J’espère juste que pour mon fils, pour sa femme et pour mes petits enfants, ce sera enfin la paix".

Ce message de paix et de coexistence du père du marié renvoie à des questions encore plus délicates. La nature de l’Etat d’Israël, laïque ou juif. Et plus généralement, la viabilité de la solution à deux Etats qui est aujourd'hui privilégiée.

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