Entrée de la 23e chambre de Paris
Entrée de la 23e chambre de Paris © Radio France / Mélodie Kudar

A la 23e chambre correctionnelle du tribunal de Paris la justice ne s'arrête jamais, même pendant les vacances judiciaires. C’est ici qu’on juge les comparutions immédiates, les "flagrants délits" comme on les appelait autrefois.

Procédure express, pour des personnes qui viennent d’être interpellées et jugées au terme de leur garde à vue. Mais justement, la justice ici ne va-t-elle pas trop vite en besogne ? Des avocats du barreau de Paris dénoncent une "justice d'abattage".

Ici les affaires défilent à vitesse grand V. Trente minutes environ par dossier. Trafic de stups, vols de portables, violences conjugales, agressions sexuelles, c'est le lot commun de la 23e, comme on l'appelle, qui juge chaque année près de 5 000 affaires.

Aujourd'hui, dans le box des prévenus, Mickael, 21 ans, se mordille nerveusement la lèvre inférieure. Jugé pour avoir livré de la cocaïne, Il écope de 9 mois de prison avec sursis. Son casier vierge lui évite l'incarcération. Mais il s'en est fallu de peu dit-il.

Mickael

Avec mon avocat commis d'office on a eu juste 30 minutes pour se préparer

Car tout va très vite. Entre le moment de l'interpellation et l'audience, il peut s'écouler moins de 24h. Une course contre la montre pour les avocats, souvent commis d'office. En une même journée ils se retrouvent à jongler entre les dossiers et c'est la défense qui en pâtit.

L’avocat, Loic Padonou en a fait l'expérience .

Tout va trop vite, et tout ça souvent aux dépens de la dignité des prévenus. C'est aussi l'avis de sa consœur au barreau de Paris, Marie Alix Canu Bernard .

Quatre jours avant de pouvoir prendre une douche et prévenir sa famille

Que répondent les juges à ces critiques?

La 23e chambre, le juge Patrick Ramaël la connait bien, il l'a présidée, jusqu'en décembre dernier et balaie les critiques d'un revers de main.

Patrick Ramaël

La 23e chambre est réputée pour sa sévérité

Pas de chiffres officiels, mais sur les 15 affaires jugées aujourd’hui, neuf débouchent sur des incarcérations.

Direction la maison d'arrêt de Nanterre, Fresnes, Fleury Mérogis, pour deux, trois ou six mois. Des courtes peines contreproductives, estime maitre Emmanuelle Hauser Phélizon

Les gens ressortent sans avoir pu être vu et dans les six mois on les retrouve à l'audience

Et pourtant il y a des alternatives à la détention, insiste-t-elle. La contrainte pénale par exemple. Le condamné ne va pas en prison, en échange il doit se soumettre à une série d'obligations et d'interdictions très strictes : interdiction formelle de fréquenter tel ou tel lieu, tel ou telle ou tel personnes, ajouté à un accompagnement soutenu.

Prônée par la ministre Christiane Taubira, la contrainte pénale n'est pourtant quasiment jamais utilisée à la 23e, déplore Marie Alix Canu Bernard

Peut-être est-il trop tôt - la contrainte pénale n'a été mise en place qu'en octobre dernier - elle reste mal connue des magistrats. De l'avis de nombreux avocats, elle permettrait pourtant de réduire le taux d'incarcération, l'un des plus gros travers de la 23e.

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