Un reportage signé Franck Cognard Voilà dix jours que la garde à vue a changé en France ; dix jours que les avocats peuvent assister aux auditions de leur client. Premier bilan : pas de dysfonctionnements majeurs, mais des protestations dans les rangs des policiers et des avocats. Un premier bilan chiffré pour commencer. Le seul dont on dispose pour l'instant vient de la Préfecture de police de Paris. En gros, un gardé à vue sur deux a renoncé à être assisté par un avocat, surtout dans le cas de délits anodins. Sinon, même s'il y avait des craintes, très peu de tensions entre policiers et avocats dans les commissariats. De part et d'autre, on parle de relations courtoises. - Mais il y a aussi des mécontentements. Une dizaine de barreaux, sur les cent-soixante en France, refusent d'appliquer la nouvelle garde à vue, parce qu'ils estiment que l'indemnité qui leur est allouée, trois cents euros le premier jour, cent-cinquante le deuxième, est insuffisante ; mais aussi parce que s'ils peuvent assister aux auditions, ils n'ont pas accès à l'intégralité de l'enquête. Elle n'est pas en grève, mais elle regrette aussi ce non accès : maître Peggy Salomé, une jeune avocate parisienne. Interview de Peggy Salomé Mécontentement, deuxième couche. Les policiers pestent, eux, contre l'absence d'anticipation de leur ministère, notamment en ce qui concerne les locaux dédiés aux auditions. C'est simple, il n'y en a pas, déplore Michel-Antoine Thiers, du Syndicat national des officiers de police. Interview de Michel-Antoine Thiers - Dix jours, ce n'est peut-être pas très révélateur pour faire un bilan, mais y-a-t-il des inquiétudes pour les mois qui viennent ? Oui. Le syndicat de police Alliance observe une recrudescence de demandes de retrait "d'habilitation OPJ". Pour faire simple, "OPJ", c'est pouvoir inscrire les actes en procédure. C'est censé être valorisant, sauf que ça ne l'est plus, parce que trop d'actes à rédiger, trop de contraintes juridiques, pas d'assouplissement de la loi. Jean-Claude Delage est le secrétaire général d'Alliance. Interview de Jean-Claude Delage Autre inquiétude : l'incertitude, pour les semaines qui viennent, les demandes d'annulation de procédures, pour garde-à-vue non conforme. Explications de Me Alain Mikowski, du Conseil national des barreaux. Interview de maître Alain Mikowski Pour terminer, juste une petite histoire, sur ce que la présence de l'avocat change. C'est une histoire qui se déroule à Marseille. Une patrouille interpelle deux hommes sur un scooter, l'un a une arme et reconnait spontanément qu'il y avait du braquage dans l'air. Arrivée de l'avocat : la version change : "en fait, j'allais acheter du pain, mais comme le quartier est mal famé, j'ai pris un fusil".

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