On les appelle les "repats", par opposition aux "expats". Les "repatriés", ce sont les immigrés qui ont choisi de revenir dans leur pays d'origine. Au Sénégal, ils sont de plus en plus nombreux à faire ce choix, séduits par la stabilité politique et la forte croissance.

Moubarak Wade, revenu de France en 2012, a ouvert une agence de communication à Dakar
Moubarak Wade, revenu de France en 2012, a ouvert une agence de communication à Dakar © Radio France / Stéphane Beaufils

Soad Diouf a tous les attributs de la femme d’affaires. Hyperconnectée, en tailleur sombre et talons vertigineux, la poignée de main volontaire. Elle nous reçoit au siège de son entreprise dans le centre de Dakar.Il  y a un an et demi, Soad Diouf, 32 ans, a quitté Rouen, où elle a fait toutes ses études (en génie des systèmes industriels) et elle est revenue s’installer à Dakar. Elle y a ouvert un cabinet d'audit énergétique, grâce notamment à une subvention de 7 000 euros, versée par l'Ofii (Office français de l'immigration et de l'intégration), l'organisme qui finance les retours volontaires.Pour Soad Diouf, le retour au pays était un "devoir moral".

Il vaut mieux rentrer et développer notre pays en étant sur place, plutôt que d'envoyer de l'aide. (...) Un pays ne s'est jamais développé avec de l'aide.

Au départ sa famille n'était pas franchement ravie. "Pour eux, il faut rester en Europe. C'est l'Eldorado, explique-t-elle. Mais c'est un mythe. Ils adorent l'Europe mais il ne la connaissent pas. Ils ne voient que les touristes qui viennent ici, mais quand on est en vacances, forcément, tout est parfait _!"Aujourd'hui, Soad Diouf ne regrette pas la France, même si elle est un peu "nostalgique"_ de la Normandie.

Des opportunités à saisir

La réticence des familles est bien souvent un frein au retour mais il faut passer outre, estime N'daga Sarr. En France, il était cadre chez Adecco. Il est revenu à Dakar il y a deux ans. Aujourd'hui il travaille dans un cabinet de recrutement."Certains de mes proches pensaient que j'avais un problème de visa, que je ne pouvais pas rester en France. Pour eux, il était impensable que l'on quitte la France, ce beau pays où il y a de l'argent et des gros salaires ! Mais aujourd'hui je fais la fierté de beaucoup de gens et j'en suis fier."Au Sénégal, les opportunités de travail pour ces "repatriés" sont nombreuses. La  croissance du PIB atteint 7 % et, grâce au plan Sénégal émergent, lancé par le président Macky Sall, le pays est un vaste chantier. Des villes nouvelles sortent de terre, sur le modèle de ce qui s’est fait en France.Abdoulaye Ba est le directeur d’un cabinet de conseil. Lui aussi est un ancien immigré. Multidiplômé, il est rentré de France dès 2008.

L'Eldorado c'est l'Afrique. Parce qu'en Afrique, tout est à faire, tout est à construire. Toutes les matières premières viennent d'Afrique. Les Africains sont de plus en plus formés et qualifiés.

Abdoulaye Ba appelle de ses voeux un "sursaut patriotique" pour que la jeunesse africaine reste chez elle. "Chacun peut apporter sa contribution." Il cite John Fitzgerald Kennedy : "Ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays."

L'avenir est en Afrique

Ces retours sont évidemment loin de compenser le nombre de départs vers l’Europe. Mais le succès de ceux qui sont revenus pourrait dissuader ceux qui veulent partir. C’est l’avis de Moubarak Wade, patron d’une agence de communication à Dakar. Il est rentré de France en 2012, après avoir vécu neuf ans à Nice avec un visa étudiant."Ce matin (9 avril NDLR), une pirogue a chaviré à Saint-Louis. Ces gens-là partaient pour l'immigration clandestine. Il y a cinq morts", déplore le jeune homme. "Ces jeunes-là n'ont rien compris. Pour partir, ils ont dû payer au moins 300 000 ou 500 000 francs CFA (760 euros)", explique-t-il.

Ils auraient pu utiliser ce même courage, cette même hargne qu'ils ont mis pour partir en pirogue, pour monter un business ici.

L'Europe est un miroir aux alouettes, disent ces anciens immigrés, qui, pour certains, ont connu en France le chômage ou la xénophobie. Pour eux, l'avenir est clairement en Afrique."Au Sénégal, le retour de la diaspora", un reportage de Géraldine Hallot et Stéphane Beaufils, à retrouver en longueur ce dimanche dans l’émission Interception.
 

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