Alerte sur les élections Européennes. Comme lors de précédents scrutins, en Occident et ailleurs, la campagne, en cours, pour les Européennes peut-elle être "polluée", le scrutin "torpillé"par des ingérences russes ? C'est en tout cas la crainte des services de renseignements estoniens qui sonnent l'alerte.

Les élections européennes peuvent-elles être "polluées", le scrutin "torpillé" par des ingérences russes. C'est en tout cas la crainte des services de renseignements estoniens
Les élections européennes peuvent-elles être "polluées", le scrutin "torpillé" par des ingérences russes. C'est en tout cas la crainte des services de renseignements estoniens © Radio France / Julien Baldacchino

Et ils savent de quoi ils parlent, l'Estonie est aux premières loges des campagnes d'ingérence russes...

Tallinn, capitale de l'Estonie sur la Mer Baltique, l'une des capitales de l'Union Européenne les plus au nord et l'une des plus proche, aussi, de la Russie. Ici, nous sommes à 300 km de Saint Petersbourg et pour ainsi dire en première ligne dès qu'il s'agit de la menace russe, particulièrement la menace cyber. 

Le pays est le premier à avoir vécu une attaque massive visant tous ses systèmes informatisés, les banques les administrations etc. Une attaque venue de Russie, c'était en 2007. Depuis l'Estonie a musclé sa défense, et c'est de Tallinn qu'est partie l'alerte : le service de renseignement du pays a publié son rapport annuel début mars : son évaluation de la menace donnait comme "très probable" une tentative russe pour intervenir dans la campagne des Européennes. 

Sven Sakkov est le directeur du Centre International pour la Défense et la sécurité de Tallinn : "Du point de vue de Moscou,  une vraie réussite serait que  l'élection européenne de mai aboutisse à un Parlement sérieusement fractionné... et qui, en fait, ne serait pas en mesure de fonctionner. Par exemple en facilitant l'élection de nombreux populistes, sur qui les groupes politiques traditionnels ne pourront exercer le moindre contrôle... Je crois que c'est bien à cela qu'ils travaillent..."

Dans son rapport, le Renseignement estonien indique surtout quels sont les objectifs de Moscou. "Le rapport annuel du service de renseignement extérieur estonien évoque comment les plus grands pays européens pourraient être visés en priorité, explique Sven Sakkov, simplement parce qu'ils disposent au Parlement Européen de davantage de sièges. L'évaluation du service de renseignement c'est qu'ils viseront surtout l'Allemagne, la France et l'Italie"...

Concrètement, une attaque ne viserait probablement pas tant les systèmes de gestion que les électorats eux-mêmes, c'est en tout cas ce que redoute Tömu Tammer, le directeur du centre chargé de la sécurité Informatique en Estonie : "Vue la manière dont les derniers scrutins ont été influencés, je suggérerais donc de surveiller avant tout les réseaux sociaux et en général tout ce qui peut permettre d'influer sur l'état d'esprit des gens. En fait toutes les méthodes de propagande"

En matière de "guerre de l'information", la Russie a acquis ses lettres de noblesse il y a déjà longtemps, remarque Fabrice Pothier, le porte-parole de la "Commission Transatlantique pour l'intégrité électorale", une initiative américano-européenne, basée à Copenhague et qui surveille étroitement toutes les tentatives d'ingérence dans les scrutins électoraux

"C'est le génie de cette boîte à outils qui a été mise en place par le Kremlin, ils emploient des techniques que l'Union soviétique et même la Russie impériale employaient avant, mais ils vont les déployer en utilisant la puissance d'amplification des médias sociaux."

Pour ce qui est de la campagne des Européenne, toutefois le risque d'ingérence est, pour Fabrice Pothier paradoxalement moins important aujourd'hui...  "On s'attend à ce type de campagne ça a déjà commencé mais ça a commencé une façon différente de par le passé dans le sens où vous avez beaucoup d'amis du Kremlin qui sont déjà dans la course pour les élections européennes ou même dans certains cas comme en Italie au gouvernement. Donc dans ce contexte le Kremlin n'a pas besoin de trop pour faire parce que les autres maintenant ont pris le relais et c'est là toute l'importance d'avoir les partis et les candidats qui s'engagent à ne pas jouer le jeu de puissance étrangère qui veulent saper notre démocratie."

La Commission Transatlantique a d'ailleurs rédigé une charte stipulant quelques règles de bonne conduite, que les candidats peuvent signer, s'engageant par exemple à ne pas relayer de Fake News ou a une transparence complète sur le financement de leurs campagnes. Pour le moment quelques 150 candidats aux Européennes ont d'ores et déjà signé cette charte. Parmi eux, un seul Français, la centriste Nathalie Griesbeck.

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