Le 25 septembre 2015, l’enquête de Laetitia Saavedra révélait un système de fraudes à la Sécurité Sociale de grande ampleur dans certains établissements pour personnes âgées. Une enquête qui a suscité de nombreuses réactions.

Dans une maison de retraite
Dans une maison de retraite © CC0 Public Domain

Rappel sur l’enquête

L’enquêtrice s'est appuyée sur de très nombreux témoignages recueillis à travers toute la France. Ces témoignages provenaient de familles mais aussi de personnels d’établissements: des infirmiers, des animateurs et même un ancien directeur

Ces personnes racontaient par exemple comment elles avaient découvert avec stupéfaction des soins fictifs facturés par certains praticiens libéraux extérieurs aux établissements et pas effectués, pendant que leurs parents étaient à l'hôpital, et donc absents de leur maison de retraite. Comme pour Marie-Catherine dont la belle-mère de 95 ans, diagnostique alzheimer, vit depuis deux ans dans un établissement près de Bordeaux. Très vite après son installation, sa belle-fille a eu des doutes :

Ma belle-mère avait des séances de kinésithérapie et nous avions beaucoup de difficultés à savoir quand elles avaient lieu. Donc à partir de ce moment-là , j’ai vérifié régulièrement les comptes de la Sécurité Sociale et je me suis rendue compte que des actes de kiné étaient facturés alors que ma belle-mère se trouvait à l’hôpital

Autres exemples de fraudes signalés : des médecins généralistes qui renouvellent leurs ordonnances sans voir les patients ; ou encore surfacturent leurs déplacements comme cinq frais de déplacements pour cinq résidents consultés le même jour dans la même maison de retraite

De nouveaux témoignages corroborent l’enquête

A commencer par ceux des orthophonistes, très en colère. Tout est parti du témoignage d'une femme dansl'enquête du 25 septembre : elle s'étonnait que son vieux père, en état de démence sénile très avancée, voie une orthophoniste trois fois par semaine pour un travail sur la mémoire. Les orthophonistes ont tenu à rappeler qu'ils travaillent aussi sur la mémoire. Dont acte. Sauf que dans ce cas précis, l'orthophoniste reconnaît elle-même que les séances ne peuvent pas durer plus de trois minutes, mais qu'elle facture ses consultations au tarif normal…

Beaucoup de familles et de professionnels confirment les fraudes, comme le témoignage capital d’Alain, ancien médecin-coordonnateur dans trois maisons de retraite : « Votre enquête n’a montré qu’une toute petite partie émergée de l’iceberg . C'est un scandale énorme », écrivait-il dans un courriel après l’émission. Il s’est expliqué à notre micro :

Quand vous êtes médecin-coordonnateur d’un établissement, les soignants vous disent tous les jours que le kiné est passé, qu’il est rentré dans l’établissement à 9h30, qu’il en est sorti à 9h45 en ayant vu ou plutôt entrevu trois patients. Et on sait très bien qu’il a facturé sa visite. Ce genre d’abus est très fréquent, et non pas exceptionnel. C’est du quotidien dans toutes les villes de France. La Sécurité Sociale et les Agences Régionales de Santé savent tout cela. Le problème c’est qu’il y a une immunité totale. Les vieillards des EHPAD qui sont le plus en danger, sont ceux qui sont en état de dépendance le plus important, et donc à la merci des fraudeurs. Ce n’est pas digne d’une qualité de prise en charge.

Le silence des ministères concernés

Comme le dit Alain , toutes les instances de contrôle se renvoient la balle. C’est ce que notre enquête avait montré. Résultat : les familles sont totalement démunies et les fraudeurs très rarement épinglés.

Suite à l'émission, la fédération des familles de personnes âgées - la FNAPAEF - a elle aussi reçu beaucoup de courrier. Elle a donc alerté les deux ministres en charge du dossier,Marisol Touraine etLaurence Rossignol, comme nous le raconte son président, Joseph Krummenacker :

Il nous est remonté un certain nombre de témoignages, qui ont étayé votre émission et d’autres ont suivi après.

On s’est dit qu’il y avait un souci sur la question des abus d’utilisation de la carte vitale et nous avons alerté la ministre de la santé et la ministre en charge des personnes âgées. Nous n’avions pas d’indications quantitatives sur ce phénomène, mais un niveau d’alerte suffisant sur une situation qui paraissait inquiétante au vu des nombreux témoignages qui étaient remontés.

A ma connaissance aucune décision n’a été prise par les ministres concernés suite à cette alerte. Nous avons eu un accusé de réception très rapide de la part d’une conseillère de Mme Rossignol mais sans aucun autre retour pour le moment.

A l'époque,Marisol Touraine, la ministre de la santé, nous avait répondu qu'il s'agissait de fraudes isolées. Or tout prouve que c’est loin d’être le cas. Le pouvoir semble donc toujours vouloir ignorer ces pratiques.

►►► Le supplément d'enquête de Laetitia Saavedra à retrouver ce soir dans "Secrets d'info"

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