Le 6 décembre dernier, SOS Méditerranée et Médecins sans frontières ont annoncé la fin des missions de sauvetage de l'Aquarius. France Inter revient sur l'année houleuse pour le navire qui a permis de sauver 3 000 personnes en 2018.

Après 34 mois d'activité  et 30 000 personnes secourues, SOS Méditerranée et Médecins sans frontières ont du renoncer à affréter l'Aquarius
Après 34 mois d'activité et 30 000 personnes secourues, SOS Méditerranée et Médecins sans frontières ont du renoncer à affréter l'Aquarius © AFP / Boris HORVAT

L'Aquarius a affronté bien de tempêtes cette année, en mer mais aussi sur terre, avec la fermeture des ports italiens, la perte de ses pavillons puis l'arrêt forcé de ses missions de sauvetage. Grâce au navire de SOS Méditerranée et Médecins sans frontières, 3 000 personnes ont été secourues lors d'une quarantaine d'opérations de sauvetage. C'est bien moins qu'en 2017, le navire en avait alors effectué plus d'une centaine. En cause, un changement dans la politique européenne et un accord entre l'Italie et la Libye. 

Ces accords ont eu des effets visibles à partir du début de l'année 2018. Petit à petit, les gardes-côtes libyens ont fait de plus en plus d'interceptions des embarcations en détresse, parfois pendant les opérations de sauvetage et c'était parfois très tendu, avec des injonctions, des menaces, des intimidations - Sophie Beau, directrice générale de SOS Méditerranée

Puis en juin, nouvelle épreuve pour le navire et ses rescapés. Les ports italiens lui ferment leurs portes. Jusqu'à présent, "les opérations de sauvetage ont toujours été faites en totale coordination avec le centre de secours de Rome", témoigne Sophie Beau. Mais un tweet de Matteo Salvini, nouveau ministre de l'Intérieur italien, informe les équipes de la fermeture des ports italiens. 

À bord du navire, ils sont près de 630 rescapés, dont ce père de famille, accompagné de sa femme et leurs deux enfants de cinq mois et trois ans, qui témoigne sur France Inter, à son arrivée quelques jours plus tard à Valence en Espagne. 

Ce voyage en mer a été très difficile pour nous avec le mauvais temps. On était malades, beaucoup de gens ont vomi, certains ont pleuré, c'était tellement dur - un rescapé de l'Aquarius lors de la fermeture des ports italiens

De nombreux migrants sont traumatisés, des femmes enceintes et des enfants ont été sauvés des eaux, des personnes ont dû être réanimées après s'être noyées. Aloys, coordinateur à Médecins sans frontières, se trouve aussi sur le bateau, avec une trentaine de volontaires mobilisés. L'inquiétude règne sur le navire. "On informe les personnes qui s'inquiètent de voir le bateau s'arrêter d'un coup en pleine mer. Certains ont tenté la traversé plusieurs fois et ont été interceptés par les gardes-côtes libyens. Certains doutent de ce qu'on leur raconte et menacent de sauter à l'eau, inquiets d'êtres renvoyés en Libye. C'est une situations chaotique. J'ai fait le compte sur les vivres que nous avions à bord, elles étaient limitées. Il faut éviter la catastrophe. Vous êtes livrés à vous-mêmes, on vous dit 'vous vous arrêtez là et vous attendez'", poursuit Aloys.

Deux jours plus tard, deux navires italiens viennent prendre en charge une partie des rescapés de l'Aquarius, les trois bateaux font alors route vers Valence où ils seront accueillis sous les objectifs et caméras de journalistes venus du monde entier. 

Durant l'été, Gibraltar annonce aux équipes de l'Aquarius le retrait de son pavillon. C'est le Panama qui lui en accorde un nouveau. "Je me rappelle qu'on était en train de fabriquer un pavillon à bord, chose que je ne pensais pas concevable dans ma carrière", raconte Théo, marin-sauveteur de l'Aquarius. Puis c'est au tour du Panama de retirer pavillon, en octobre dernier.

Aujourd'hui, l'Aquarius est toujours à quai. Mais il ne repartira pas pour des missions de sauvetage. Face aux nombreuse difficultés, SOS Méditerranée et Médecins sans frontières ont décidé de chercher un autre navire et espèrent repartir en mer dans les prochaines semaines. 

"C'est un bateau qui ne sauve plus de personnes alors qu'il y en a qui partent, qui prennent le risque, parce que chez elles, c'est l'horreur, la famine, la guerre. Il y a des gens qui tentent de traverser et qui périssent en mer chaque semaine. C'est ça qui est dramatique", conclut Théo. 

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