Kim Jong Un est attendu mardi à Hanoï, au Vietnam, à la veille d'une nouvelle rencontre avec Donald Trump. Le lieu du sommet n'est pas un hasard : le Vietnam a tissé des liens privilégiés et diplomatiques avec les États-Unis, malgré les traumatismes de la guerre, et avec la Corée du Nord.

Avant le sommet Kim - Trump, Hanoï s'est mis aux couleurs des deux pays
Avant le sommet Kim - Trump, Hanoï s'est mis aux couleurs des deux pays © Radio France / Dominique André

Monsieur et Madame Canh habitent dans un minuscule appartement d’un quartier populaire de Hanoï. Ils ont plus de 70 ans. C’est le couple vedette que toute la presse veut rencontrer : lui est Vietnamien, elle est Nord-Coréenne.Cet ancien ingénieur envoyé à Pyongyang pour une mission s'est battu pendant 30 ans pour que le grand amour de sa vie, rencontré dans une usine, ait l’autorisation de quitter la Corée du Nord pour le rejoindre : 

À cette époque-là, notre amour était clandestin. Pour que personne ne soit au courant, je devais faire attention à l'appareil sécuritaire vietnamien et nord-coréen. Ils n’ont rien su 

Pham Ngoc Canh a 70 ans. il a attendu 35 ans pour faire venir l'amour de sa vie à Hanoi.
Pham Ngoc Canh a 70 ans. il a attendu 35 ans pour faire venir l'amour de sa vie à Hanoi. © Radio France / Dominique André

Comment a-t-il fait ? "J’ai lu beaucoup de livres d'espionnage et de contre-espionnage. J’ai appliqué leurs méthodes pour savoir comment échanger des courriers, et comment se rencontrer secrètement. Il y a eu beaucoup de révolutions dans le monde,  contre la monarchie, contre le capitalisme, contre le communisme. Moi je me vois comme un révolutionnaire de l’amour !".

Les deux amoureux se sont rencontrés dans une usine en Corée du Nord, alors que Pham Ngoc Canh était en mission
Les deux amoureux se sont rencontrés dans une usine en Corée du Nord, alors que Pham Ngoc Canh était en mission / Photo Collection Personnelle

Le Vietnam est aussi une terre de retrouvailles pour les américains. Paul Georges Harding avait 20 ans pendant la guerre contre les communistes. Et cet ancien GI est revenu pour enseigner l’anglais à des enfants vietnamiens dans une école de la grande banlieue de Hanoi.  

Il raconte : "Quand je suis parti d’ici, j’ai porté en moi pendant des années un sentiment de culpabilité, j’avais des remords pour avoir pris la mauvaise décision de m'engager de mon plein gré dans la guerre au Vietnam. Dès que j’ai été à la retraite, j’ai décidé de revenir pour faire quelque chose de positif dans ce programme d’enseignement de l’anglais. Heureusement, aujourd’hui nous avons d'excellentes relations !".

Paul Georges Harding avait 20 ans pendant la guerre. L'ancien GI est revenu pour enseigner l’anglais a des enfants vietnamiens dans une école de la grande banlieue de Hanoi.
Paul Georges Harding avait 20 ans pendant la guerre. L'ancien GI est revenu pour enseigner l’anglais a des enfants vietnamiens dans une école de la grande banlieue de Hanoi. © Radio France / Dominique André

Au musée militaire de Hanoi, Pham Cong Dung montre les débris d’un bombardier B52 que son unité a détruit . Ancien soldat communiste qui a combattu l’armée américaine de 1970 jusqu’à 1975, il s'est aujourd'hui reconverti et dirige une société d'import-export dans le bois : "J'ai participé à la guerre contre les Américains pendant longtemps pour défendre notre pays. 

Les États-Unis, c'est une superpuissance non seulement militaire mais surtout économique : c'est pourquoi ils deviennent un grand partenaire pour nous, le Vietnam

Pham Cong Dung, ancien soldat, dirige maintenant une société d'import-export de bois
Pham Cong Dung, ancien soldat, dirige maintenant une société d'import-export de bois © Radio France / Dominique André

Le Vietnam séduit aussi les entreprises étrangères qui travaillent dans la zone Asie, en particulier celles qui quittent la Chine avec Samsung en tête. Ainsi, Michael Harder est le patron canadien d’une chaîne de boulangeries qui se développe en Asie du sud-est, il parie sur le Vietnam :

On peut constater que la croissance économique la plus forte dans toute l’Asie du sud est au Vietnam. On peut prévoir un énorme potentiel pour les 20 années à venir

"La jeune génération change de style de vie en passant d’une culture du thé à la consommation de café . Et pour les étrangers, il est devenu plus facile d’investir. La Chine a choisi une voie opposée. Des partenaires dans notre secteur le constatent, c'est difficile pour eux de réussir à faire quelque chose ! C'est même risqué pour investir, ils ont décidé de ne pas augmenter leurs investissements . On a considéré qu’il y avait plus d’indicateurs négatifs que de positifs en Chine".

Le choix du Vietnam pour ce deuxième sommet n’est neutre ni pour les Nord-Coréens, ni pour les Américains et les occidentaux.

L'équipe
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.