Avec 22 nominations ce dimanche aux Golden Globes et 70 “productions maison” en 2021 par de grands noms de la réalisation, le géant Netflix, veut peser durablement dans l'industrie du cinéma. Et pas seulement à Hollywood. La France est aussi l’une des cibles privilégiées de la plateforme. Question, à quel prix ?

Netflix
Netflix © Capture

De plus en plus de réalisateurs français se disent tentés par l’aventure. Jean-Pierre Jeunet, Alexandre Aja, et même Dany Boon vont sortir cette année leur prochain film sur Netflix, la plateforme aux 200 millions d’abonnés dans le monde, devenue incontournable avec la crise sanitaire.  

Affairé au montage de l’adaptation en série de son grand succès “Braqueurs”, Julien Leclercq fait partie des jeunes réalisateurs convertis à Netflix. Déjà deux films produits et financés par la plateforme, “La terre et le Sang” sorti l’année dernière, et “Sentinelle”, son nouveau film d’action prévu pour arriver sur la plateforme le 5 mars. Il n’a aucun mal aujourd’hui à l’affirmer, travailler avec Netflix a changé sa vie.  

Tout est plus facile, la recherche des financements, l’accompagnement, je ne connais personne aujourd’hui qui n’a pas envie de travailler avec Netflix. Le vendredi matin à 9h01 ton film est visible dans le monde entier, traduit dans toutes les langues, aucun distributeur français ne peut offrir ça aujourd’hui”. 

Et c’est vrai qu’il semble loin aujourd’hui le temps où la seule évocation du nom de Netflix suffisait à irriter l’ensemble d’une profession. Alors que les cinémas sont toujours fermés en France pour cause de Covid, la plupart des sceptiques ou des détracteurs d’hier sont devenus des partenaires ou des interlocuteurs. Question de survie pour les indépendants qui ont intérêt à travailler à une réorganisation du système dans son ensemble.  

Netflix finance le cinéma français

Le patron de Pyramide, Eric Lagesse, participe actuellement avec Netflix et les autres plateformes de SVOD à des discussions autour de la chronologie des médias et du futur financement du cinéma français.  

“Il faut qu’on arrive à cohabiter, c'est hyper important. Maintenant est-ce que cela signifie que l’on fait entrer le loup dans la bergerie, je n’en sais rien. Tout dépendra de ce sur quoi elles vont investir.” 

Car la marque aux 200 millions d’abonnés dans le monde pourrait bien devenir dans les mois qui viennent l’un des plus gros financeurs du cinéma français. Conséquence d'une directive sur l’audiovisuel, qui obligera bientôt Netflix à reverser entre 20 et 25% de son chiffre d'affaires pour la création. 

Ce n’est donc pas par hasard que le géant américain a ouvert l'année dernière une antenne à Paris. 2 500 m2 de bureaux répartis sur trois étages, où travaillent une soixantaine de salariés. 

Six films français ont été produits en 2020, et ce n’est qu’un début. Dans les mois à venir il faudra compter avec de nouvelles productions maison, d’autres rachats de catalogues classiques et des accords de partenariat prestigieux, comme avec La Cinémathèque française autour de la restauration du “Napoléon” d’Abel Gance.  

Coup de com’ de génie ou motivation sincère, l’avenir nous le dira. Les plus fins observateurs du secteur n'ont pas l’intention d’en louper une miette. Pour Capucine Cousin, auteure en 2018 du livre “Netflix et Cie, les coulisses d’une (r)évolution”, c’est le nouveau statut d’entreprise désormais cotée en bourse qui dictera demain les priorités.  

Netflix n’est plus une petite start-up, c’est aujourd’hui une grosse société privée, cotée en bourse qui pèse bien plus que Canal , ou France Télévision. Il faudra voir si la plateforme est bien prête à respecter les règles du jeu. Jusqu’à présent je n’ai pas vu sur la plateforme de séries ou de films qui auraient vraiment cette patte de cinéma indépendant français. Peut-être qu’il le fera de temps en temps pour être dans les festivals de cinéma et asseoir encore un peu plus sa légitimité auprès des spectateurs cinéphiles, mais je ne pense pas qu’il prendra beaucoup de risques en la matière”. 

D'autant que pour totalement convaincre, le géant américain devra aussi adapter son langage, en bannissant, pour commencer, le terme de “contenu”, bien trop marketé pour évoquer l’amour du cinéma dans le pays qui l’a inventé.

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