Le Médef et les syndicats vont ouvrir la semaine prochaine, le 1er février, des négociations pour encourager la diversité dans les entreprises. Il y a encore quelques années, il était difficile d'établir la réalité des discriminations dans le monde du travail. Aujourd'hui, 272 entreprises ont signé la charte de la diversité de l'Institut Montaigne, le club de réflexion patronal de Claude Bébéar, président du conseil de surveillance d'AXA. Mohamed Abdou Chakourou cherche un poste d'informaticien depuis 2 ans. En attendant, il enseigne la physique dans un collège de ZEP (interview). La lutte contre les discriminations à l'embauche - un domaine où il est cependant difficile de passer des bonnes intentions aux mesures concrètes. Chez AXA, depuis un an, a été mis en place le CV anonyme pour le recrutement des commerciaux. C'est l'essentiel des embauches du groupe. Antoinette Prost est la directrice du développement durable (interview). Le CV anonyme, c'est bien mais ça ne dispense pas d'un entretien. Ce n'est qu'un élément parmi toute une panoplie d'outils. Chez Axa comme dans d'autres entreprises, il faut aussi sensibiliser toutes les personnes chargées des ressources humaines à l'exclusion dont peuvent être victimes par exemple les personnes issues de l'immigration, les femmes, les séniors ou les handicapés. Il faut repenser les modes de recrutements car les discriminations sont souvent insidieuses, comme l'explique Alexandra Palt, de l'Institut de Mécénat social Entreprendre pour la cité (interview). Le recrutement, c'est un début mais le problème de la discrimination se pose tout au long d'une carrière. C'est un phénomène qui jusqu'ici a été plutôt étudié en ce qui concerne les femmes. On parle de plafond de verre ou de plancher collant qui empêche d'évoluer. Là aussi, la DRH doit se remettre en question si elle veut diversifier ses cadres comme Total, qui mène cette politique sous la direction de Catherine Ferrand (interview). Catherine Ferrand, Antoinette Prost et les responsables chargé de la diversité soulignent deux difficultés. D'abord, il faut pouvoir se donner des objectifs et évaluer ses résultats. Pour les femmes ou les séniors, il suffit de les compter. En revanche, l'origine d'un salarié ou sa couleur de peau font partie des données sensibles protégées par la loi informatique et liberté. L'INED, l'institut national des études démographiques, et l'observatoire des discriminations sont en train de plancher sur une méthode qui serait acceptable pour la CNIL. Mais les sociologues ont du mal à s'entendre. Deuxième difficulté, dans certains métiers, les candidatures sont de toute façon très uniformes. Certaines entreprises mettent en place des systèmes de bourse ou de tutorat pour aider des jeunes collégiens ou lycéens issus de quartiers défavorisés à poursuivre leurs études. On peut citer la fondation Télémaque lancée par le groupe PPR. Mais c'est dans le système éducatif que le débat doit se prolonger. Un dossier de Sara Guibodo, journaliste au service Economie de France Inter.

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