En Irlande, Londonderry, la ville du "Bloody Sunday", abrite les quartiers les plus défavorisés du Royaume-Uni. Là-bas, le Brexit est vu comme une menace économique et 21 ans après les accords de paix, les terroristes qui prétendent ressusciter l’IRA refont surface.

Pour la première fois depuis 1999, les indépendantistes ont défilé cette année en uniforme avant de se rendre sur la tombe de Theobald Wolfe Tone, fondateur de l independantisme irlandais.
Pour la première fois depuis 1999, les indépendantistes ont défilé cette année en uniforme avant de se rendre sur la tombe de Theobald Wolfe Tone, fondateur de l independantisme irlandais. © Radio France / Antoine Giniaux
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C’est la première fois, depuis 1999, que des indépendantistes défilent en uniforme. Chemise blanche, pantalon noir, chaussures militaires, ils sont près de 80, entourés de sympathisants. Ils cachent leur visage derrière des lunettes fumées. Conor a 24 ans et il fait partie du cortège :

C’est important qu’on voit des gens en uniforme noir et blanc. C’est l’héritage des gens qui ont sacrifié leur vie pour qu’on soit libres. Si on peut réussir a leur succéder, on peut changer notre destin.  Et même si ca veut dire qu’on doit prendre les armes, je le ferai

Londonderry abrite les quartiers les plus pauvres du Royaume-Uni.
Londonderry abrite les quartiers les plus pauvres du Royaume-Uni. © Radio France / Antoine Giniaux

En réalité, le groupe a déjà lancé plusieurs actions violentes : Une bombe placée sous le véhicule d’un officier de police, des colis piégés envoyés par la poste et l’explosion d’une voiture en janvier devant le tribunal. Brian Kenna est le chef de Saoradh, la vitrine politique du mouvement. Ancien membre de l’IRA  historique, il est très proche des paramilitaires. Il ne parle jamais aux médias et il choisit ses mots pour justifier la lutte armée :

Le Brexit, c’est une vraie opportunité, ca focalise l’attention sur le fait qu’il y a une frontière, en Irlande. Malheureusement, on doit continuer a se battre contre l’occupation de notre pays. Et la seule façon de le faire avec succès, c’est de prendre les armes. Bien que le groupe soit relativement petit, en nombre, ca a vraiment de l’impact. Ca fait une vraie différence, en terme de propagande. 

"Mort aux traitres et aux mouchards"

Et la propagande, elle s’affiche partout : Sur les façades, les palissades du quartier de Creggan, à Londonderry, ou "Derry" comme disent les républicains. Trois lettres, tracées a la peinture noire : I.R.A, armée républicaine irlandaise. Il y a  cette inscription : "Mort aux traitres et aux mouchards". Nous sommes a Fanad Drive et c’est ici qu’une journaliste est morte, au mois d’avril, tuée par un tir des indépendantistes, au milieu des cocktails molotov et des affrontements avec la police, juste devant la maison de Hugh :

L’IRA n’a jamais disparu et se bat pour réunifier l’Irlande. Avec le Brexit, ils peuvent y arriver. Parce que la majorité des gens ici ont voté pour rester en Europe. Y’a pas de travail, ici. Derry a perdu 18 000 emplois dans les usines et le Brexit, c est un coup de couteau de plus. Les Anglais se fichent de se qui se passent ici. Ils n’en ont jamais eu rien a faire… Mais l’IRA est toujours là. 

Le groupe, qui se fait appeler "nouvelle IRA" appelle ouvertement à la lutte armée, et s'appuie sur le Brexit pour demander l'indépendance de l'Irlande et la réunification avec le sud.
Le groupe, qui se fait appeler "nouvelle IRA" appelle ouvertement à la lutte armée, et s'appuie sur le Brexit pour demander l'indépendance de l'Irlande et la réunification avec le sud. © Radio France / Antoine Giniaux

La radio locale, diffuse des témoignages, de parents qui ont perdu leurs enfants, victimes d’une vague de suicide sans précédent, sur fond de misère économique et culturelle. Trois jeunes, passent, les pupilles écarquillées, une bouteille a la main. Ils n’ont connu ni les affrontements qui ont fait près de 3.000 morts, ni les accords de paix. Mais la sortie de l’union européenne est un phénomène qui leur parle :

Ce sont des décisions qui ont été prises à Londres ! Nous on ne décide de rien. Le Brexit n’est qu’une nouvelle manifestation de l’arrogance des Britanniques, et faut que l’interférence britannique en Irlande s’arrête... 

Dans le quartier de Creggan, à Londonderry, les graffitis de la nouvelle IRA sont partout. Dans cette zone où les indicateurs sociaux  sont parmi les plus bas du Royaume-Uni, le Brexit est un coup dur de plus.
Dans le quartier de Creggan, à Londonderry, les graffitis de la nouvelle IRA sont partout. Dans cette zone où les indicateurs sociaux sont parmi les plus bas du Royaume-Uni, le Brexit est un coup dur de plus. © Radio France / Antoine Giniaux

Préserver la paix

Difficile pourtant de mesurer l’impact, que le mouvement peut avoir. Cette nouvelle IRA est née du regroupement de plusieurs groupes, pour certains impliqués dans la lutte armée, pour d’autres dans le trafic de drogue. Peadar Whelan, est un ancien activiste de l’IRA, emprisonné dans les années 90 pour le meurtre d’un soldat britannique. Il est né a Creggan. Aujourd’hui, il essaie de préserver la paix, en démontant le discours des indépendantistes radicaux :

Oui, il faut qu’on fasse attention. Ils sont là et ils sont dangereux. Mais, bien qu’ils expliquent qu’ils se sont lancés dans une soi-disant lutte armée lutte armée, leurs possibilités de mener une vraie bataille militaire sont très réduites

Les services de sécurité et la police affirment, de leur côté, que la situation est sous contrôle et que l’organisation est constamment sous surveillance. Ils prévoient tout de meme une augmentation des tentatives d’attentat a la rentrée prochaine. 

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