Un voyage en Afghanistan avec la presse était organisé, la semaine dernière, par l'OTAN. L'alliance atlantique cherche à « vendre » aux médias sa nouvelle politique dans un pays ravagé par 30 ans de guerre. Cette nouvelle politique, on l’appelle la « comprehensive approach », en français, « l'approche globale ». L'idée en elle-même n'est pas nouvelle. Il s'agit de « gagner les coeurs pour gagner la guerre ». Autrement dit, l'OTAN veut que ses soldats soient non seulement des combattants mais aussi des bâtisseurs et des diplomates. Voilà ce que ça donne dans la bouche d'un militaire, un général de l'armée italienne, chargé de la région Ouest de l'Afghanistan, le général Castellano (interview). Le message théorique a le mérite d'être clair. Mais la traduction sur le terrain l'est un peu moins. Dans les faits, pour tenter de gagner le coeur des Afghans, l'OTAN a inventé un outil au nom austère. Le PRT, Equipe de Reconstruction Provinciale. Des équipes étrangères composées de militaires mais aussi de civils, des experts, des diplomates. C'est ça la nouveauté. L'objectif est de financer de nouveaux équipements pour la population. Exemple à Herat, dans l'ouest de l'Afghanistan, où l'Italie est fière d'avoir construit un hôpital pour enfants (reportage). Reconstruction, développement… voilà pour les nouveaux piliers de la stratégie de l'OTAN en Afghanistan. Mais la priorité reste la sécurité et là, les résultats sont moins convaincants. La violence ne cesse de croître depuis 2 ans. Et la population civile en est la première victime. Plus de 2000 morts en 2008. Et puis, il y a 3 semaines, vous vous en souvenez sans doute, cette bavure tragique, 140 civils morts selon les autorités afghanes dans un bombardement américain à Farah. L'OTAN cherche donc aussi à revoir sa stratégie militaire. Moins de bombardements, plus d'actions commandos anti-guerilla. Et pour cela, les forces étrangères ne peuvent rien faire sans les forces de sécurité afghanes. Certes, la constitution d'une armée afghane est en route. Mais beaucoup reste à faire pour la police. L'autre grand projet à venir de l'OTAN, c'est donc de former des milliers de policiers afghans, comme celui-ci, rencontré dans un camp d'entrainement à Kaboul (interview). La leçon est bien apprise. Ce policier parle en fait sous l'oeil de son supérieur. Mais sur le terrain, là aussi, la réalité est toute autre. La police afghane est analphabète à 80% et elle est aujourd'hui gangrénée par la corruption, comme le confirme le chef de la police d'Herat (interview). Les policiers seront en première ligne cet été pour tenter de faire régner l'Etat de droit en Afghanistan. Ce seront en effet les élections présidentielles, le 20 août prochain. Les premières élections organisées par les Afghans. Un test capital pour la nouvelle stratégie de l'OTAN. Un reportage de Sébastien Laugénie.

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