Un reportage signé Bruce de Galzain, à Madrid, en Espagne Le mouvement des indignés est installé sur Puerta del Sol, cette place emblématique de la capitale, depuis maintenant 10 jours. Ces jeunes de tous âges -17 à 35 ans- ne supportent plus le chômage ; ils ont l’impression de payer la crise et beaucoup estiment que la classe politique est trop souvent corrompue. Ces jeunes sont encore là ce matin sous mes yeux. Certains font déjà le ménage avec des balais et des pelles, les infirmeries sont ouvertes, les cuisines aussi, où l’on prépare les petits-déjeuners. Cette suprenante organisation n'empêche pas le ras-le-bol économique et politique de la jeunesse espagnole. Lara a 23 ans, elle finit ses études à la fin de l’année et n’a aucune perspective mais son engagement Puerta del Sol est avant tout collectif. Interview de Lara Juan a 30 ans. Il est porte-parole du mouvement et au chômage, comme 44% des jeunes Espagnols. Interview de Juan Mais dans un pays comme l’Espagne, qui a le plus fort taux de chômage d’Europe (21,3 % de la population active), les jeunes et moins jeunes ne s’en sortiraient pas sans le travail illégal. C’est le cas de Rodriguo, 25 ans. Interview de Rodriguo - Il y a une vraie originalité dans ce mouvement : il n’aurait pu naître et surtout, continuer à vivre sans les réseaux sociaux. C’est ce qui frappe, même sur la place Puerta del Sol. Les jeunes ont installé leur réseau Internet, ils communiquent sur leur plate-forme : tomalaplaza.net, "prends la place", où l’on peut être informé des différents travaux des commissions finances, euro, santé, lois ou encore environnement. Mais le contact humain n’a pas d’égal, selon Zulo, 28 ans. Il fait partie de la commission Web. Interview de Zulo C’est vrai que ce mouvement est plutôt apprécié par la population. D’abord parce qu’il est pacifiste (il y a une commission respect qui veille à ce que tout se passe bien). Mais uassi parce qu’il est très bien organisé, au point qu’un mail et un SMS sont déjà prêts à être envoyés au cas où la police vienne les évacuer. Le message : "ils sont en train de nous déloger viens défendre ta place". Le FMI évoquait, il y a quelques mois, une génération perdue. Les observateurs, ici, parlent plutôt d’une génération sans espérance avec une jeunesse qui n’aura pas les même droits que la génération de ses parents. Mais de nombreux observateurs espagnols -les hommes politiques bien sûr et les syndicats- ont en fait été dépassés par le côté inédit, original de cette mobilisation, qui les fait réfléchir sur les fondements de leur système démocratique 35 ans après la dictature de Franco. Fernando Vallespin est professeur de sciences politiques à l’Université autonome de Madrid. Interview de Fernando Vallespin Le premier enseignement de ce mouvement est donc que les jeunes espagnols se prennent en main seuls, sans parti politique ni syndicat. Ce mouvement citoyen va continuer d’exister, puisque dès samedi, plus d’une cinquantaine d’assemblées locales sont prévues dans les quartiers de Madrid et que les propositions politiques, économiques, sociales du mouvement y seront discutées avant d’être envoyées au gouvernement.

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