Les policiers dans le viseur des islamistes
Les policiers dans le viseur des islamistes © REUTERS/Amr Abdallah Dalsh

La justice égyptienne continue à réprimer les islamistes avec 529 condamnations à mort prononcées lundi en moyenne Egypte. En parallèle, la violence contre les forces de l'ordre a franchi un cap. Illustration dans une province au nord du Caire, où la police est la cible numéro un des islamistes.

Dans la province de Charqyia, la province natale de Mohamed Morsi dans le delta du Nil, la violence a atteint un pic ces dernières semaines. Dans cette terre historique des Frères musulmans durant le seul mois dernier, dix policiers ont été abattus. Le mode opératoire est toujours le même : deux hommes à moto, le conducteur et à l’arrière un tireur.

Mahmoud a servi 20 ans dans la police. Un soir il y a trois semaines, il a été abattu en rentrant chez lui.

« C’est un crime politique », c’est la certitude de son fils Mohamed qui se retrouve à 24 ans le chef de famille.

Il était surveillé. La preuve c’est qu’ils l’ont suivi sur tout le trajet et ils l’ont tué là bas en arrivant. Ils connaissaient tous ses déplacements, ils les avaient étudiés avant. Ils ont suivi un plan, ils ne tuent pas au hasard. Ces islamistes, ils sont heureux de faire cela. Ils veulent détruire l’Egypte par n’importe quel moyen. Ils ont ça dans le sang, dans leur esprit. Ils vivent avec cette idée.

Banderole à la gloire des policiers tués depuis la destitution de Mohamed Morsi
Banderole à la gloire des policiers tués depuis la destitution de Mohamed Morsi © Vanessa Descouraux
Les autorités tentent de faire face à ces attaques répétées. Le commissariat de la ville principale, la ville de Zagazig, est devenu un camp retranché. Les rues tout autour sont fermées à la circulation. A l’entrée les policiers sont en gilets pare balles, cachés derrières d’imposants sables de sable avec à la main des fusils mitrailleurs. Impression d’une ville en guerre contre un ennemi invisible. Le commandant Yasser Farouk est le porte-parole du commissariat central de Zagazig. > Ce ne sont pas des amateurs, ils savent parfaitement ce qu’ils font. Chacune de leurs actions est planifiée de manière très rigoureuse. Ils vivent dans des parties désertiques autour de notre région, ils se cachent là bas. Ce qu’on peut voir des actions terroristes qu’ils ont déjà mené, ou bien des actions que l’on a pu intercepter, c’est qu’ils sont très bien entrainés. Ça c’est une évidence ! ### **Qui sont ces islamistes qui ont pris les armes contre les forces de l’ordre** Pour tenter d’y voir plus clair, Vanessa Descouraux s’est rendue dans le quartier de l’un de ces combattants, un jeune de 23 ans qui a tué un policier. Il s’appelle Ahmed, il a été rattrapé par des témoins, qui l’ont tué sur place. C’est le profil d’un jeune, qui s’est perdu dans l’islam radical. Il revenait de Syrie, disent les enquêteurs. Son frère y serait toujours. Dans son quartier, les habitants se taisent, ils ont peur. Sauf Essam. Il nous parle mais à une seule condition : que personne du quartier ne nous voit ensemble. Nous nous donc retrouvons à l’autre bout de la ville, dans une voiture > C’était un jeune normal jusqu’à il y a quatre ans, et là il a commencé à se radicaliser. Il portait les djellabas courtes, lui et son frère avaient une longue barbe. Avant il était comme tous les jeunes, et dans le quartier on l’appréciait beaucoup. Aujourd'hui, tout le monde a peur ici. Peur de la réaction de la police depuis qu’elle a arrêté – sans raison– quatre de ses amis proches. ### La position officielle des Frères Dans le discours officiel, ces djihadistes sont présentés comme le bras armé des Frères musulmans. Ils s’en défendent , ils disent prôner des actions pacifiques. Mais comme toujours, la confrérie entretient le doute avec son éternel double discours. A l’image de Nagui Sakr, il est membre du secrétariat du parti des frères musulmans. **Nagui Sakr, responsable des Frères musulmans** > Ce qui se passe, c’est la réponse à la violence commise par l’Etat contre les citoyens. C’est assez normal de voir des individus répondre à cette violence. Cela dit, ceux qui font ça font fausse route, on s’y oppose totalement. Ce n’est pas le bon moyen de combattre le système. Ce sont des accidents individuels, on l’a déjà dit. Il faut juste y voir une réaction pour chaque action. Des mots qui font peser la menace, et elle est réelle contre les policiers de cette province de Charqyia. Il faut savoir que quand ils sont en patrouille, ils doivent couper leur portable de peur qu’il y ait parmi eux des infiltrés qui donneraient des informations au camp des islamistes… C’est dire sur le climat de suspicion qui règne là bas. Pour avoir pris des photos dans la rue, Vanessa Descouraux a passé plusieurs heures au commissariat pour interrogatoire, pour savoir si elle allait confier ces photos à des islamistes.…
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