Exception en Europe, le pays scandinave n'échappe pas à la pandémie, mais la tient pour l'heure en respect. Clé du succès : la responsabilité individuelle et la distanciation sociale naturelle, érigées en vertus nationales. Mais les restrictions pèsent sur la saison de Noël, essentielle à l’économie lapone.

Rovaniemi, cercle polaire arctique, Laponie. Même le Père Noël doit s'adapter au covid
Rovaniemi, cercle polaire arctique, Laponie. Même le Père Noël doit s'adapter au covid © Radio France / Louise Bodet

Dans les rues, les tramways, les magasins, les cafés, partout à Helsinki la distanciation et le port du masque sont recommandés. Mieux : ces recommandations sont souvent respectées, alors que le taux d'infection est cinq fois inférieur à la moyenne européenne. 

Pas question de baisser la garde face au covid, prévient Mika Salminen, directeur de la sécurité sanitaire à l'Institut national pour la santé et le bien-être : "Il s'agit clairement d'un virus saisonnier, sinon comment expliquer le recul de l'épidémie partout en Europe cet été, et sa résurgence à l'automne, y compris chez nous ? Oui, l’hiver sera risqué ". 

Dans les rues d'Helsinki, le masque n'est pas obligatoire mais recommandé
Dans les rues d'Helsinki, le masque n'est pas obligatoire mais recommandé © Radio France / Louise Bodet

Ces jours-ci les courbes s'affolent à Helsinki : 155 nouveaux cas quotidiens pour 100 000 habitants. La capitale a annoncé mardi 24 novembre la fermeture des lycées, des bibliothèques et des piscines et l’interdiction des événements publics. La veille, la Première ministre Sanna Marin a prévenu qu'un nouvel état d'urgence pourrait être déclaré si les mesures actuelles n'étaient pas efficaces, ce qui permettrait un nouveau bouclage de la région d’Helsinki, comme ce fut le cas en mars et avril derniers. 

Toutefois, avec une moyenne nationale de 69 nouveaux cas quotidiens pour 100 000 habitants et moins de 400 morts depuis le début du printemps, la Finlande fait figure d'exception en Europe. Sa densité de population y est pour beaucoup : 16 habitants au km2 contre 117 en France. Mais c’est aussi une affaire de psychologie nationale. "C'est un stéréotype, mais il est vrai que la zone de confort personnelle des Finlandais est beaucoup étendue que celle des Français, relève Mika Salminen. C'est plus facile pour nous d'être un peu distant ou de rester seul quelques temps.".   

Matthias Quemener est proviseur-adjoint au lycée franco-finlandais d'Helsinki. Il confirme cette "réserve, qui peut paraître initialement étonnante. Les Finlandais sont tout à fait sympathiques, bienveillants, avenants, mais c'est vrai qu'on ne communique pas nos sentiments de la même façon. Quand je suis arrivé en Finlande, il m’a fallu du temps pour m’adapter". Pour son collègue Sébastien Caillault, "les Finlandais sont des gens très indépendants qui aiment se retrouver seuls dans la nature. Par ailleurs ils sont très respectueux des règles. Dans les soirées il n’est pas rare de voir des gens qui portent des masques, qui vont même danser avec et à qui cela ne pose aucun problème"

Matthias Quemener, proviseur adjoint et Sébastien Caillault, enseignant au lycée franco-finlandais d'Helsinki
Matthias Quemener, proviseur adjoint et Sébastien Caillault, enseignant au lycée franco-finlandais d'Helsinki © Radio France / Louise Bodet

L'acceptation des restrictions apparaît comme la clé de la réussite du semi-confinement décrété au printemps. Dès l’apparition des premiers cas, les cafés et restaurants, les bâtiments accueillant du public, les établissements scolaires ont fermé pendant deux mois, avec impossibilité de quitter la région d’Helsinki. 

À l’heure actuelle, les bars et restaurants ne servent plus d'alcool après 22h et ferment une heure plus tard dans plusieurs régions finlandaises, dont Helsinki. Une jauge à 50 ou 75% du taux d'occupation habituel est imposée. Le masque est recommandé dans les transports publics, les lieux très fréquentés et les lycées. 

"Tout a été bien pris en charge ici"

Par ailleurs, le gouvernement a lancé une vaste campagne de tests gratuits et une application anti-covid massivement téléchargée. Plus de 60% des salariés sont en télétravail, dans une société fortement numérisée. Sans oublier la confiance accordée aux autorités.

"Est-ce que je suis heureuse ? fait mine de s’interroger Milena, Finlandaise d’origine allemande : "Oui je crois. Je me sens… apaisée, disons, et en sécurité". 

"Tout a été bien pris en charge ici. Le mieux est de faire face plutôt que de se plaindre, aller dehors faire un tour, plutôt que de rester à la maison. Cela ne va pas nous rendre ‘super heureux’, non, mais on sera quand même contents. Cela nous permet d'avancer, en espérant des jours meilleurs."

Pour se préserver du virus, la Finlande propose aux voyageurs arrivant des pays fortement touchés par le covid des tests PCR gratuits. Un auto-confinement de 72 heures est par ailleurs recommandé si le séjour sur le territoire finlandais excède trois jours.  

Mais à l'arrivée, surprise : ni le test négatif, ni les attestations professionnelles ne sont vérifiés. Au pays de la confiance mutuelle et de la responsabilité individuelle, tests et quarantaines sont simplement recommandés. "La Finlande espère que tout le monde va faire le test, mais on ne force personne" confirme une infirmière qui participe au dispositif.  

De même, il va de soi que l’on voyage pour motif professionnel ou familial, puisque les touristes ne sont pour l'heure pas acceptés sur le sol Finlandais. Résultat : dans le grand nord, à 800 km d'Helsinki, en Laponie, un illustre vieil homme se sent bien esseulé... 

Le village de Santa Claus, 600 000 visiteurs en 2019, déserté cette année.
Le village de Santa Claus, 600 000 visiteurs en 2019, déserté cette année. © Radio France / Louise Bodet

Le Père Noël en distanciel

Le Père Noël réside très officiellement à Rovaniemi, la capitale lapone, depuis une trentaine d'années. A cheval sur le cercle polaire arctique, son village a reçu la visite de 600 000 touristes l'an dernier. Autant dire que son business est affecté… d’abord par ce plexiglas qui le sépare désormais de ses interlocuteurs, "car je ne porte pas de masque, dit-il, il me faudrait plutôt une serviette à cause de ma barbe ! Les elfes, eux, portent le masque bien sûr, et nous respectons la distanciation. Mais ne vous inquiétez pas, tous les cadeaux de Noël seront livrés. Nous attendons tous ce Noël plus que jamais, et nous devons en profiter, tout en restant prudents. Nous devons suivre les recommandations, et trouver de nouvelles façons d'être en contact avec ceux que nous aimons."

Cet hiver, le Père Noël sera d’ailleurs très actif en distanciel, promet Visit Finland, l'office du tourisme finlandais, qui lance une grande campagne promotionnelle en ligne. Côté présentiel, en revanche, la saison est très mal partie. Le village est déserté : ni touristes, ni neige d’ailleurs. En cette fin novembre, le thermomètre affiche 3 degrés. 

Tourisme finlandais en berne

Covid et réchauffement climatique ne font pas les affaires du business de Noël, ballades en chiens de traîneau ou treks photos. Le milliard d'euros de recettes de l'an dernier est déjà amputé des deux tiers cette année. Juho Uurtamo, 30 ans, a lancé il y a quatre ans Beyond Arctic, une entreprise qui propose des sorties aux photographes professionnels et amateurs du monde entier. Cet hiver, "on va survivre, dit-il. Mais le point critique ce sera l'an prochain. Si cela continue, je ne suis pas sûr qu'on tiendra". D’ores et déjà, 60% des entreprises locales assurent qu'elles ne passeront pas l'hiver.

Yenni, elle, est serveuse dans un café de Rovaniemi. Sa mère travaille pour l'agence de voyage de sa tante, et son père pour une entreprise de transports. "Mais il n'y a plus personne à transporter, raconte la jeune femme. Ici la plupart des familles dépendent des touristes". 

Le secteur représente 10 000 emplois en Laponie, et la moitié ont déjà disparu, à entendre Sanna Kärkkaïnen, qui dirige l'Office du tourisme de Rovaniemi, et réclame au gouvernement "des règles simples : un seul test pour tous ceux qui arrivent, et pas de quarantaine. Le tourisme représente tellement d'emplois ici. Si on perd cela, qu'est-ce qu'il y aura après ?".

Sanna Kârkkäinen, directrice de Visit Rovaniemi, réclame des règles "simples" pour préparer le retour des touristes étrangers sur le sol finlandais.
Sanna Kârkkäinen, directrice de Visit Rovaniemi, réclame des règles "simples" pour préparer le retour des touristes étrangers sur le sol finlandais. © Radio France / Louise Bodet

Seul espoir pour le secteur : un assouplissement des règles d'entrée pour les touristes étrangers. Test obligatoire avant l'arrivée, doublé d'un second test si on reste plus de trois jours et d'une quarantaine pour les longs séjours : telles sont les pistes, complexes, d’une discussion très attendue, qui débute cette semaine au parlement finlandais.

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