Alors que beaucoup a été dit sur les jeunes qui ont embrasé les banlieues pendant 3 semaines, l'an dernier, il est possible, 1 an après, de savoir plus précisément qui ils sont. Trois études ont été menées pour dresser le profil des « émeutiers » présentés au tribunal de Bobigny, en Seine-Saint-Denis. C'est devant ce tribunal qu'ont été amenés à comparaître plus de 10 % du total national des jeunes accusés de violences urbaines. Le centre d'analyse stratégique rattaché directement au Premier Ministre - l'ancien Commissariat au Plan - a réalisé 2 études. L'une concerne les mineurs, elle n'est pas encore disponible. L'autre étude, signée Michel Mazars, analyse le profil des majeurs interpellés pendant ces troubles urbains. Commençons donc par les jeunes majeurs. Combien sont-ils dans ce département de Seine-Saint-Denis ? 115 majeurs, de 18 à 21 ans, ont été poursuivis en comparution immédiate et poursuivis pour un total de 160 Infractions. 100% sont des garçons - surtout pour 2 types d'infraction. 33 % sont des violences envers les dépositaires de l'autorité publique. 29 % sont des destructions ou des dégradations de biens. Et dans 14% des cas, c'est pour détention d'engins ou de substances prohibées (c'est-à-dire inflammables). Qui sont ces jeunes adultes interpellés dans le cadre des émeutes urbaines ? Des multirécidivistes ? Des "Primo délinquants" ? De quelles familles sont-ils issus ? C'est là que l'étude commanditée par Matignon devient plus intéressante, au regard des nombreuses polémiques suscitées. Leur passé judiciaire d'abord : 60 % étaient inconnus de la Justice - ce qui veut dire que 40 % l'étaient. On est donc à mi chemin entre les deux thèses qui s'affrontaient : c'était soit des délinquants endurcis, soit des inconnus cédant à une juste colère. En réalité, c'est le mélange de ces 2 populations qui a fait les évènements de novembre dernier. Les majeurs présentés sont Français à 82%. Célibataires dans 96% des cas, et 86% d'entre eux habitent au domicile parental dans des conditions qualifiées par le rapport de « précaires tant sur le plan de l'emploi que du logement ». Enfin sujet de polémique, s'il en est - la structure matrimoniale des familles de ces majeurs présentés à la justice. On se souvient du débat sur la polygamie. Beaucoup venaient de familles nombreuses, c'est un fait, avec une moyenne de 5,3 enfants par foyers mais, en revanche, pas de révélations concernant leur structure. En effet, 56 % de ces jeunes adultes présentés à la justice vivent au sein de familles dites « traditionnelles », le tiers au sein de familles monoparentales, 9% au sein de familles recomposées et 3 % sont issus des fameuses familles polygames ce qui représente, sur cet échantillon, le chiffre un peu incongru de 3,45 individus. Disons donc 3 OU 4 sur 115 pour ne pas couper les cheveux en quatre et les individus en deux. Seconde étude, celle menée sur les mineurs. C'est un travail mené par Laurent Mucchielli, sociologue au CNRS. Il a consulté les dossiers de 86 des 91 mineurs présentés au tribunal pour enfants de Bobigny. Sur 12 juges pour enfants, 11 ont accepté de lui ouvrir leurs dossiers ! Voilà qui sont, pour lui, ces mineurs (interview). Deuxième question : s'agit-il ou non de multirécidivistes ? (Extrait interview Laurent Mucchielli « la réponse est clairement non... Un seul mineur qui a vraiment un très lourd casier avec des faits de violence, des faits graves, une famille destructurée...») Alors face à ces profils, se pose la question de la réponse de la justice et du très grand nombre de non lieux prononcés par le tribunal de Bobigny à l'égard des mineurs. Là-dessus, Hélène Franco, juge pour enfants à Bobigny et vice-présidente du syndicat de la magistrature, renvoie la balle dans le camp de la police. (Extrait interview Hélène Franco : « courir même la nuit, même par temps d'émeute dans un quartier et même quand on a 16 ans n'est pas un élément probant... Oui c'est ça les éléments à charge étaient manquants ») Il est trop tôt pour faire un bilan judiciaire définitif car des affaires restent à juger, mais le greffe du tribunal a mené une étude sur ces mineurs. Sur les 60 cas étudiés, 3 jeunes sont revenus devant un juge depuis. Reste à savoir si la police a arrêté les véritables fauteurs de trouble ou ceux qui « couraient le moins vite... » Un dossier d'Edouard Zambeaux, tous les les dimanches à 13h20 sur France Inter pour son émission « Périphéries ». Livre "Quand les banlieues brûlent... : Retour sur les émeutes de novembre 2005" - Laurent Mucchielli - Editions La Découverte.

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