Alors que les forces irakiennes et les kurdes tentent peu à peu de reprendre Mossoul des mains des djihadistes, les civils fuient.

Les forces irakiennes s'approchent peu à peu de Mossoul, deuxième ville du pays.
Les forces irakiennes s'approchent peu à peu de Mossoul, deuxième ville du pays. © Maxppp / Philippe de Poulpiquet

Une semaine après le lancement de l'offensive sur Mossoul, dans le nord de l'Irak, la reconquête est longue et minutieuse. Les djihadistes opposent une forte résistance, mais l'opération des forces irakiennes et kurdes se déroule jusqu'ici comme prévu.

Peut-on parler de choix, quand il se résume entre attendre la mort et essayer de la fuir ? Choix inhumain que celui de rester caché dans Mossoul, en attendant les bombardements... Choix inhumain que celui de quitter Mossoul à travers cette gigantesque plaine poussiéreuse où chaque village est un terrain de combat... Et pourtant Hassan, que nous avons croisé au premier étage d’une mosquée, ancien policier aux cheveux grisonnants, n’a pas envie de se plaindre ni d’être plaint. Il veut juste témoigner pour la première fois.

"Pendant notre fuite, on était en voiture. On a profité du moment où les djihadistes étaient en train de se battre au sud de Mossoul. Il y avait deux voitures devant nous, la route était parsemée de mines. Ceux de devant ont explosé, avec des enfants et des femmes... Et nous, on a réussi à passer."

Mais pourquoi avoir fait ce choix de partir malgré les risques ? Pour Hassan, c'était une question de vie ou de mort.

"Ils commencent à se servir de nous, les civils, comme protection. Les combattants de Daesh ont peur, ils sentent que la population peut se retourner. Du coup, ils deviennent paranoïaques... Les conditions de vie empirent chaque matin. Il n'y a plus d'argent, on ne peut manger qu'une fois par jour, il n'y a plus d'école... Plus rien."

"Ils préparent des voitures piégées"

Marouan, 17 ans, a vécu des mois dans une maison à 100 mètres d’un centre du groupe État islamique, au sud de Mossoul. Aujourd’hui, il a du mal a trouver les mots : regard fuyant de celui qui en a déjà trop vu, parole saccadée, cigarette fumée en quelques longues bouffées nerveuses. Il accepte finalement de nous parler, caché derrière une couverture.

"Ils me répétaient que c'était facile d'être kamikaze. C'était des Irakiens, avec de longs cheveux, habillés bizarrement, et j'avais peur d'eux. Il y a quelques jours, j'étais au centre-ville pour acheter un vélo. Daesh était en train de fouetter et de pendre quatre personnes pour impressionner."

Pour lui, le prochain objectif des djihadistes sera de préparer de nouveaux attentats pour empêcher les forces irakiennes de reprendre Mossoul.

"Daesh creuse des tunnels où ils vont se cacher. Mon opinion, c'est qu'ils vont se raser les barbes et venir au milieu des civils avec leurs voitures et leurs ceintures explosives. Ils préparent des voitures piégées, ils sont très forts pour ça. Moi j'ai vu une grande usine où ils fabriquent des voitures blindées qui résistent aux tirs et qui sont piégées. Il y en a beaucoup et ils vont les jeter sur les unités militaires."

Comme la famille de Marouan.. entre un million et un million et demi de civils sont toujours en ce moment bloqués dans cette ville forteresse qu’est devenue Mossoul. Pendant ce temps, le Haut commissariat aux réfugiés prépare les camp. Il devrait disposer dans quelques jours de 30.000 tentes en Irak, de quoi héberger 150.000 déplacés.

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