Le département d'Outre-mer affiche des records d'homicide, selon une étude publiée au début de l'année. Reportage à Pointe-à-Pitre, capitale économique locale devenue l'une des communes les plus dangereuses de France.

Ronde de nuit et arrestation à Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe, par la BAC locale.
Ronde de nuit et arrestation à Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe, par la BAC locale. © Radio France / Thibault Lefèvre

Une réalité dont Emmanuel Macron entendra certainement parler lors de son voyage en Guadeloupe à la fin de la semaine. Selon une étude publiée au début de l'année (et qui porte sur la période 2014 - 2016) par l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales, le taux moyen d’homicides volontaires sur l'île s'élève à 8,2 pour 100 000 habitants. Il est de 4,5 à Paris, 3,8 en Corse et 2,9 dans les Bouches-du-Rhône.

La nuit, Point-à-Pitre est désormais une ville fantôme, avec ses rues sombres et vides, ses bars mal famés et ses nombreux immeubles délabrés.

Le major Alain Jean, chef de la BAC de Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe.
Le major Alain Jean, chef de la BAC de Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe. © Radio France / Thibault Lefèvre

Le major Alain Jean, 40 ans de police dont la moitié passée en région parisienne et en Corse, est chef de la BAC de la ville. Il sait que la situation peut dégénérer à tout moment. "Il y a beaucoup d'armes à feu", explique-t-il. "Je pensais être en pré-retraite, mais j'ai vite déchanté. Je suis arrivé dans un département où je suis né, avec une violence exponentielle : maintenant les jeunes, c'est arme à feu, arme blanche, c'est radical."

J'ai pour habitude de dire à mes collègues qu'en Corse, ça pète plus souvent qu'en Guadeloupe, mais en Guadeloupe il y a plus de morts qu'en Corse.

Saisie d'armes à Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe, par la BAC locale.
Saisie d'armes à Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe, par la BAC locale. © Radio France / Thibault Lefèvre

Dans le local des scellés de l'hôtel de police de Point-à-Pitre, une trentaine d'armes entreposées dans une malle en métal. Le commissaire Emmanuel Mericam, chef de la sûreté départementale de Guadeloupe, regrette : "Il y a une prédominance ici des vols à main armée, souvent pour des butins dérisoires".

Un fusil à canon scié saisi par la police de Pointe-à-Pitre
Un fusil à canon scié saisi par la police de Pointe-à-Pitre © Radio France / Thibault Lefèvre

"Il y a dix ans, on était bien tranquilles"

Lucien purge actuellement sa huitième peine de prison pour vol à main armé. Ses tremblements sporadiques, son pied qui tape frénétiquement le sol et sa bouche édentée trahissent une consommation régulière de crack. Il raconte avoir braqué son patron avec un complice, le butin devait servir à acheter de la drogue. La situation a dégénéré et la victime du vol à main armé a été touchée à l'épaule. Il a été arrêté et condamné à six ans de prison, sans aucun butin.

Trouver des armes c'est très facile. C'est comme les États-Unis, la Guadeloupe.

Une violence qui touche aussi les familles. Sur la terrasse de Marie-Thérèse et de Richard Jean-Charles, le portrait de leur fils, Xavier, avec sous la photo, ces mots : "Tu nous as abandonné sans explication". Il y a deux mois, Xavier a été assassiné par sa compagne.  Il laisse derrière lui trois enfants.

Les parents de Xavier Jean-Charles, tué par sa compagne en Guadeloupe en juillet 2018.
Les parents de Xavier Jean-Charles, tué par sa compagne en Guadeloupe en juillet 2018. © Radio France / Thibault Lefèvre

"Il faut arrêter de tuer pour rien", lance son père. "Il y a dix ou quinze ans en Guadeloupe, on était bien tranquille. On entendait pas ce genre de phénomènes. Il y a trop d'armes qui circulent."

Jusqu'à l'année dernière, un clip en créole et des affiches incitaient les jeunes Guadeloupéens à déposer leurs armes, contre la garantie de ne pas être poursuivis. 700 armes et 2 500 munitions ont été rendues. La Préfecture prévoit de relancer l'opération.

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