La Coupe du Monde de rugby au Japon se prépare à un match particulier ce mercredi avec Fidji-Uruguay, un match qui se déroule à Kamaishi. Cette petite ville du nord-est du Japon a été engloutie lors du tsunami de mars 2011, après un terrible tremblement de terre.

Les habitants de Kamaishi se passionnent depuis très longtemps pour leur club des Seawaves, le surnom donné à l'équipe
Les habitants de Kamaishi se passionnent depuis très longtemps pour leur club des Seawaves, le surnom donné à l'équipe © Radio France / JEROME VAL

Huit ans après, la ville s’apprête à faire la fête grâce à un stade flambant neuf, le plus petit de la compétition. Le Kamaishi Memorial Stadium est aujourd’hui le symbole d’une ville qui reprend espoir grâce au rugby, bien plus qu’un simple sport. 

Dans son auberge posée à quelques mètres du Pacifique, Akiko Iwasaki a retrouvé le sourire. Et pourtant, le 11 mars 2011 dans l’après-midi, cette femme énergique a bien cru que la vie allait s’arrêter quand l’énorme vague est arrivée. "Nous nous trouvons à 10 mètres au-dessus de la mer et l’eau est montée jusqu’à 6 mètres dans notre hôtel. La vague a rebondi contre la montagne. J’ai pris un chemin que l’on avait construit derrière l’hôtel et je me suis réfugiée à 60 mètres en hauteur."

Akiko Iwasaki, habitante de Kamaishi et victime du tsunami de mars 2011. Elle a été l'une des premières à réclamer le retour du rugby dans la ville malgré les énormes dégâts
Akiko Iwasaki, habitante de Kamaishi et victime du tsunami de mars 2011. Elle a été l'une des premières à réclamer le retour du rugby dans la ville malgré les énormes dégâts © Radio France / JEROME VAL

Son ryokan (hôtel) traditionnel est dévasté, même si les murs sont miraculeusement restés debout. "Mon hôtel n’a pas été emporté, c’est devenu un camp de réfugiés et je me suis dit : 'Mais comment faire ? Je n’en peux plus, je vais partir'."

"Il y avait déjà eu des tsunamis dans le passé et mes ancêtres étaient restés ici. Alors j’ai décidé de continuer l’histoire et d’aller de l’avant !"

Le rugby est l'âme de Kamaishi

Akiko Iwasaki a perdu son oncle et sa tante. Une partie de ses employés ont péri dans le tsunami meurtrier qui a fait plus d’un millier de victimes à Kamaishi. Malgré le chaos, très vite, une idée fait son chemin, soutenue par la gérante de l’hôtel : reprendre le rugby, véritable passion dans cette ville industrielle.

Yu Saeki est entraîneur de l’équipe de rugby de Kamaishi et le 11 mars 2011, il était à son bureau quand la vague est arrivée. "Quand j’ai vu les dégâts du tsunami, je me suis dit que c’était fichu, qu’il n’y aurait plus jamais de Kamaichi et que je ne ferai plus de rugby. Dans les jours qui ont suivi, j’étais bénévole pour aider les rescapés et ce sont les habitants qui nous ont dit : 'S’il vous plait, recommencez le rugby'. Là, je me suis dit qu’il fallait peut-être rejouer."

Et Kamaishi s’est mis à rejouer au rugby moins de deux mois après la catastrophe. 

Yu Saeki et Takeshi Nagata étaient joueurs de rugby à l'époque du tsunami. Ils se sont engagés comme bénévoles pour aider à la reconstruction de la ville
Yu Saeki et Takeshi Nagata étaient joueurs de rugby à l'époque du tsunami. Ils se sont engagés comme bénévoles pour aider à la reconstruction de la ville © Radio France / JEROME VAL

Takeshi Nagata était joueur à l’époque. 

"Le rugby, ce n’est pas une petite chose qui changerait juste les idées. C’est bien plus que ça : c’est l’âme de Kamaishi, la passion de ses habitants. C’est vraiment quelque chose qui peut donner du courage pour aller de l’avant."

D’autres rêvent même d’un projet encore plus fou : construire un nouveau stade et accueillir des matches de la Coupe du monde qui vient d’être attribuée au Japon. Un terrain est trouvé, dans le quartier d’Onosumai, le plus touché : au bord de l’océan, à l’endroit même où une école et un collège ont été emportés par les eaux (tous les élèves ont pu se réfugier dans la montagne). Il a coûté 3,900 milliards de yens (33 millions d’euros). 

Yoshihiko Sakuraba est un ancien joueur des Seawaves, le surnom de l'équipe de rugby de Kamaishi. Il est aujourd'hui manager du club.
Yoshihiko Sakuraba est un ancien joueur des Seawaves, le surnom de l'équipe de rugby de Kamaishi. Il est aujourd'hui manager du club. © Radio France / JEROME VAL

Yoshihiko Sakuraba est le manager des Seawaves, le nom de l’équipe locale. "Il y a encore des sinistrés qui sont dans des logements provisoires huit ans après. La page du tsunami n’est pas tournée. Mais grâce à la Coupe du Monde, la reconstruction s’est accélérée et les habitants ont retrouvé le moral : cela montre qu’il y a encore de l’espoir."

Kamaichi, située à 250 km au Nord de Fukushima, compte à peine 33 000 habitants. Comme beaucoup de villes rurales au Japon, les jeunes partent ailleurs pour travailler. Pour Hisashi Masuda, l’homme qui a fait venir la Coupe du Monde à Kamaishi, le stade, inauguré il y a un an, doit incarner un espoir. "Le stade ne va pas régler tous les problèmes. Mais il peut donner envie à des commerces et à d’autres activités de s’installer. Et ça pourrait faire revenir les jeunes à Kamaishi. Par exemple, pour la cérémonie d’ouverture, ce sont des jeunes de 30 ans venus de Tokyo qui nous aident. Ce stade, c’est comme une porte ouverte entre Kamaichi et le monde."

Le Kamaishi Unosumai Memorial Stadium, symbole de la renaissance de la ville, accueille deux matches de la Coupe du Monde de rugby
Le Kamaishi Unosumai Memorial Stadium, symbole de la renaissance de la ville, accueille deux matches de la Coupe du Monde de rugby © Radio France / JEROME VAL

Pour ce premier match du Mondial entre les Fidji et l’Uruguay, l’hôtelière Akiko Iwasaki a prévu de se rendre au stade avec des enfants pour célébrer la renaissance de Kamaishi. 

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