Le jeudi 26 septembre 2019, un incendie géant embrasait le site de Lubrizol classé Seveso à Rouen. Quelles leçons ont été tirées ?

Le site de stockage de Lubrizol où l'incendie a éclaté a été complètement nettoyé
Le site de stockage de Lubrizol où l'incendie a éclaté a été complètement nettoyé © Radio France / Sébastien Baer

C'est l'une des images qui restera de l'année 2019. Il y presque un an jour pour jour, le jeudi 26 septembre 2019, un incendie géant embrasait le site de Lubrizol classé Seveso à Rouen. Dix mille tonnes de produits chimiques parties en fumée, un panache noir qui s'étendait sur 110 communes. Près de 300 000 habitants touchés, pas de mort ni de blessé, mais un traumatisme énorme.

Une pelleteuse pour dégager les derniers gravats

Sur place, le chantier "nettoyage" est presque terminé. Encore une pelleteuse pour dégager les tout derniers gravats, des camions de nettoyage qui passent et repassent pour briquer le sol. Un an de travail et un chantier évalué à 20 millions d'euros. C'est désormais place nette sur l'ancienne zone de deux hectares des entrepôts de Lubrizol. "Il faut imaginer un entrepôt immense, 9000 mètres carrés, qui stockaient l'essentiel des flux que Lubrizol destinait à ses clients en Europe et en Afrique", indique Cyril Macé de Lépinay, le responsable du chantier.

Mais ce qui a changé le plus ne se voit pas forcément à l’œil nu. En partie imposé par l'État et en partie de son propre chef, Lubrizol a renforcé tous ses dispositifs de sécurité, et même changé sa façon de travailler. Fini le stockage : la production se fait désormais à flux tendu : "On a rajouté par exemple des caméras de détection, des système d'extinction aussi, au-delà de la norme , et des fosses de rétention, des murets qui vont permettre que le feu ne se propage pas."

Contrôles renforcés et bureau d'enquête

L'État aussi a tiré des leçons de cet épisode Lubrizol. En imposant aux industriels un inventaire, à jour, à chaque instant, des produits stockés. En renforçant les contrôles, en créant enfin un bureau d'enquête accident. Et puis fini les antiques sirènes, place désormais à un outil moderne : le "cell broadcast", déployé d'ici 2022 et appelé de ses vœux par le préfet de la Région Normandie, Pierre-André Durand, celui-là même qui a géré l'incendie il y a un an : "Le système des alertes pour la population, a fortiori de nuit, est obsolète. Il faut aujourd'hui délivrer une information à domicile. Le 'cell broadcast' consiste en des messages forcés sur les téléphones."

Mais tout cela peut-il rassurer la population, soucieuse surtout des conséquences de l'incendie sur la santé ? Malgré 2000 analyses de 40 laboratoires indépendants, sur l'air, la terre, l'eau, les végétaux, aucun résultat au-dessus des seuils autorisés n'a été détecté. Gérald Le Corre, porte-parole du collectif unitaire Lubrizol, s'inquiète pourtant d'un effet cocktail : "À Lubrizol c'est un peu de plomb, un peu d'amiante, un peu de benzène, mais comme on est en-dessous de la valeur pour chacun des produits, on sous-estime le risque de poly-exposition  et de cancer à long terme."

Pour le nouveau président de la Métropole de Rouen, Nicolas Mayer-Rossignol, la problématique est de tout façon bien plus large que les mesures prises. C'est un changement plus radical, conclue-t-il, qu'il faut aujourd'hui : "cette agglomération s'est construite sur un modèle hérité de la Seconde guerre mondiale. Il est aujourd'hui à bout de souffle pour deux raisons : la mondialisation, et l'enjeu écologique." L'agglomération de Rouen compte sur son territoire une vingtaine de sites Seveso.

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