38 enfants, surexposés à l'arsenic cet été dans l'Aude, ont subi de nouveaux examens. Ils habitent à proximité de l'ancienne mine de Salsigne. Les parents et habitants pointent du doigt les pouvoirs publics.

La famille Morel. En juillet, leurs deux garçons ont été surexposés à l'arsenic.
La famille Morel. En juillet, leurs deux garçons ont été surexposés à l'arsenic. © Radio France / Sandy Dauphin

Dans l'Aude, près de Carcassonne, 38 enfants surexposés à l'arsenic cet été ont subi de nouveaux examens. Les analyses sont attendues dans les jours qui viennent. Ils habitent près de l'ancienne plus grande mine d'or d'Europe, la mine de Salsigne, fermée en 2004.

La peur d'un contamination à l'arsenic au quotidien

"Le potager est complètement à l’abandon : on ne mange plus rien en provenance du jardin". La famille Morel ne profite plus comme avant de son jardin à Mas-Cabardès, village pittoresque de la vallée de l'Orbiel. Leurs deux garçons font partie des 38 enfants surexposés à l'arsenic et c'est l'inquiétude au quotidien, confie leur mère Cindy Morel : 

"Quand on joue à la balançoire par exemple, on va leur laver les mains, et faire en sorte qu’elles ne touchent pas le sol. C’est devenu pesant pour nous, et même pour eux" 

Les deux petits garçons ont subi de nouveaux tests. Leur taux d'arsenic est repassé sous la valeur de référence mais pas de quoi rassurer les parents. Car si ce seuil est pertinent pour les adultes, aucune étude ne dit s'il l'est pour les enfants. Leur mère a encore beaucoup de questions : "On vient juste d’avoir les résultats. Benoît est redescendu à 5 au niveau de la créatinine, et Lucas à 9. Après, on ne sait pas ce que ça veut dire : est-ce parce qu’on est partis 15 jours en vacances ? Est-ce que l’arsenic a commencé à sortir un peu du corps des enfants ?"

Inquiétude depuis les inondations d'octobre dernier

Dans cette ancienne vallée minière où sont encore stockées des millions de tonnes de déchets, l'inquiétude s'est accrue depuis les inondations dévastatrices d'octobre dernier. La cour de l'école de Lastours a été polluée à l'arsenic : "La cour a été submergée par un cours d’eau, et il a fallu attendre 6 mois pour qu’on découvre qu’il y avait un taux d’arsenic très important", indique Jean-Louis Tessier, adjoint au maire : 

"La norme c’est 37 microgrammes : on a mesuré des quantités jusqu’à 500 microgrammes"

L'adjoint au maire n'a aucun doute sur la provenance de cette pollution : l’ancien site de déchets miniers de Nartau, situé à seulement 2 kilomètres à vol d'oiseau, au-dessus du village : "Il y a toute une montagne blanche immense, composée de dizaines de tonnes d’arsenic. Tout le monde la connaît, depuis 1910. Et quand il y a une inondation, ça finit chez nous, dans l’école."

Vestige du passé minier de la vallée, la verse de Nartau, un site de déchets de plusieurs dizaines de tonnes d’arsenic.
Vestige du passé minier de la vallée, la verse de Nartau, un site de déchets de plusieurs dizaines de tonnes d’arsenic. © Radio France / Sandy Dauphin

L'État ne nie pas cette explication, mais la préfecture rappelle que 45 millions d'euros ont déjà été injectés dans la vallée pour réhabiliter les anciens sites miniers. 

L'ARS rappelle les préconisations

Pour Jean-Jacques Morfoisse, directeur général adjoint de l'Agence régionale de santé d'Occitanie, on peut vivre sur place à condition de respecter certaines précautions : "Il y a de l’arsenic dans la vallée de l’Orbiel et il est dangereux pour la santé. Simplement, ce danger se situe en terme d’exposition sur des années, des décennies", explique-t-il. "Si on respecte les recommandations de se laver les mains, ne pas manipuler de la terre, ne pas boire de l’eau dont on ne connaît pas l’origine, on peut vivre sans danger particulier. Mais il est essentiel de respecter ces préconisations."

Des recommandations tardives, estime la famille Morel. Le père, Denis, affirme qu'à son arrivée en 2012 il n'a reçu aucune mise en garde : "Vous alliez dans les cabinets médicaux, il n’y avait rien, absolument rien". 

"Ils cherchent à nous faire dire que nous avons intoxiqué nos enfants, ce qui est faux"

La famille Morel refuse que sa petite dernière, 3 ans, fasse sa rentrée à l'école de Lastours, malgré les travaux de dépollution de la cour de récréation. Mais leur demande de dérogation pour l'inscrire ailleurs a été refusée.

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