En France, entre 700 000 et 800 000 personnes sont placées sous protection judiciaire, à cause de leur handicap, ou de leur vieillesse. C’est ce qu’on appelle le système des tutelles et des curatelles. Une personne placée sous tutelle est privée d’une partie de ses droits. Elle ne peut pas gérer ses biens sans tuteur. Elle ne peut plus se marier sans l’avis d’un conseil de famille, ne peut plus voter. Pour une personne sous curatelle, le régime de contrôle et de conseil est plus léger. Ce système, né d'une loi de 1968, fait l'unanimité contre lui. Le médiateur de la République a une nouvelle fois tiré la sonnette d'alarme hier. Jean-Claude Delevoye est saisi par de nombreuses personnes placées sous tutelle, ou leurs proches, qui se plaignent d'abus ou qui ne comprennent pas ce qui leur arrive comme Lucienne Ode, une parisienne de 84 ans qui vit dans une résidence de la ville et qui a été placée sous curatelle l'année dernière (interview). Les services sociaux auraient fait état de loyers impayés. Ce qui est sûr c'est que les associations qui ont en charge plus de la moitié des tutelles sont débordées. Les tuteurs n'ont d'ailleurs pas de statut légal donc pas de formation obligatoire et la justice n'a pas les moyens d'enquêter et de contrôler, comme le reconnait Anne Caron d'Eglise, la présidente de l'association française des juges d'instance (interview). Quant on est placé sous tutelle il est en effet difficile d'en sortir. C'est ce que raconte Eric Biébel. Il a 47 ans et il a été placé sous tutelle il y 3 ans après un accident de voiture (interview). Il y a un manque de moyens mais aussi un système qui n'est plus adapté car il infantilise les personnes. Il faudrait aussi des mesures moins contraignantes, associer davantage les personnes et leurs proches à la gestion de leur argent. Aujourd'hui, il y a une opacité qui autorise tous les soupçons. Certaines associations se sont d'ailleurs fait une spécialité de dénoncer les abus. Même si Me Hélène Isern-Réal, une avocate spécialisée, estime que la justice est assez vigilante (interview). Il y a enfin une vraie dérive. C'est de placer sous tutelle des personnes qui relèvent plutôt d'un accompagnement social comme l'explique Bernard Fariol, administrateur de l'UNAF, l'union des associations familiales (interview). La réforme des tutelles est discutée depuis 12 ans. Aujourd'hui tout le monde est d'accord sur le fond disent les juges, les associations et même les parlementaires UMP qui estiment toutefois qu'il faudrait 100 à 200 millions d'euros. Le ministre de la Justice a promis d'agir. Mais beaucoup craignent qu'avec les échéances électorales cette réforme tant attendue ne soit encore reportée. Un dossier de Sara Ghibaudo.

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