Un reportage signé Eric Valmir, correspondant permanent de France Inter à Rome, en Italie 29ème sommet franco-italien : Nicolas Sarkozy est à Rome pour s’entretenir avec Silvio Berlusconi. L’objectif est d’apaiser les tensions survenues entre les deux pays ces dernières semaines : désaccords sur la crise libyenne, le flux des immigrés clandestins venus d’Afrique du Nord et le terrain économique. Le gouvernement Berlusconi ne voit pas d’un bon œil les OPA des groupes français sur les entreprises italiennes. Dans le domaine de l’énergie, EDF sur Edison ; dans les assurances, l’appétit de Groupama sur Fondiaria Sai ; encore plus sensible, les manœuvres de Vincent Bolloré dans les institutions financières Generali et Mediobanca et le rachat de Bulgari par LVMH -l’Italie a d’ailleurs lancé un contrôle fiscal sur la transaction. - Et puis, principal point de crispation, l’OPA de Lactalis sur Parmalat. Nous sommes dans l’agroalimentaire, le produit phare est le lait. Parmalat, une entreprise qui compte dans le patrimoine comme Fiat et Barilla. Les Fançais menacent l’italianité dit Giulio Tremonti, le ministre de l’Economie. Le gouvernement Berlusconi intervient donc et publie un décret loi exceptionnel qui autorise le report de l’Assemblée générale de Parmalat, initialement prévue en avril, reportée fin juin, le temps de trouver une parade pour empêcher les Français de s’emparer de Parmalat. Giulio Tremonti annonce des mesures protectionnistes sous le regard courroucé de Bruxelles. Son Giulio Tremonti - Le sujet n’est pas pris à la légère en Italie. L’ambassadeur de France est convoqué par l’équipe Berlusconi et le gouvernement réfléchit à un consortium d’entreprises italiennes pour contrer Lactalis. Le mécanisme ressemble à celui appliqué à Alitalia quand la compagnie aérienne subissait les appétits d’Air France/KLM. La banque Intesa Sao Paolo est à la manœuvre et le gouvernement veut s’appuyer sur la caisse des dépôts, holding public avec investissements privés au nom de la sauvegarde des entreprises italiennes. Lactalis a déposé un recours en justice : débouté. Ces frictions franco-italiennes font la Une des journaux de la péninsule, mais en France, personne n’en parle et le Président de la République n’est pas au courant. Conférence de presse de Nicolas Sarkozy à Bruxelles le 23 mars. Son Nicolas Sarkozy Cette gêne de Nicolas Sarkozy, cette méconnaissance du dossier, révèle en fait que contrairement aux Italiens, en France, le pouvoir politique n’interfère pas dans les transactions financières. François Fillon le confirmera dans un entretien au Corriere della Sera du 3 avril : le gouvernement ne compte pas intervenir dans le dossier Parmalat. - Ce qui n’a pas empêché de l’Elysée de réagir. La France juge excessive les réactions italiennes et fait valoir que les investissements italiens en France, s’ils sont moins visibles parce que le fait de PME, sont d’un montant équivalent à ceux des groupes français en Italie. Et surtout, les entreprises françaises affirment ne pas vouloir délocaliser. Jean-Pierre Darnis, à l’Institut des Affaires Internationales de Rome. Interview de Jean-Pierre Darnis Bien sûr, il sera beaucoup question de l’immigration et de la crise libyenne aujourd’hui. Nicolas Sarkozy et Silvio Berlusconi devrait définir une politique commune en ce sens, mais il ne faut pas sous-estimer ces frictions économiques qui créent un climat de tension diplomatique entre Paris et Rome.

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