Une enquête sur les coulisses de la FIFA, la Fédération internationale de football, qui est depuis plusieurs mois en pleine tempête judiciaire. Son nouveau président doit être élu aujourd’hui, pour succéder à Sepp Blatter.

La FIFA est – en théorie - une association à but non lucratif, mais dans les faits elle brasse aujourd’hui des milliards de dollars. Un véritable pouvoir avec 209 fédérations de football sur la planète, soit davantage que les membres composant les Nations unies ! Des fédérations qu’il faut forcément « soigner » pour se faire réélire, explique l’ancien conseiller de Michel Platini , William Gaillard :

C’est un système qui échange l’argent contre le pouvoir. On utilise de toutes petites fédérations. On les arrose copieusement et généreusement. Il n’y a aucun contrôle, aucun audit sur la façon dont ces fonds sont dépensés. On entretient le pouvoir de cette manière-là.

Du système Havelange au système Blatter

En 1982, Sepp Blatter et Joao Havelange
En 1982, Sepp Blatter et Joao Havelange © NL-HaNA, ANEFO @Wikicommons / NL-HaNA, ANEFO @Wikicommons

Le « système FIFA » est né il y a quarante ans, en 1974, avec l’élection du brésilien Joao Havelange à la tête de la FIFA. Un homme qui va tout changer, se souvient la « mémoire » du foot, le journaliste Jacques Ferran :

L’entrée de Havelange a eu un double effet : un effet positif, la transformation du football, son pouvoir dans le monde, et en même temps des habitudes d’arrangements. Il s’est senti intouchable. Une espèce de système mafieux a commencé doucement à se mettre en place.

Au fil des ans, l’argent des sponsors, des droits télé et du marketing va exploser, sous la houlette d’un personnage clé : le patron d’Adidas, Horst Dassler , qui fait entrer Sepp Blatter à la FIFA. Et en 1998,Blatter succède à Havelange à la tête de la FIFA. Et le « système Havelange » devient alors le « système Blatter ». Un système que certains tente de dénoncer de l’intérieur comme le secrétaire général de laFIFA, Michel Zen-Ruffinen . En 2002, il rédige un rapport confidentiel accablant pour l’organisation, dont voici un extrait :

La FIFA fonctionne comme une dictature. Ce n’est plus une organisation honnête et structurée. C’est une organisation au service de Blatter qui a pris le nom de FIFA. Tous ceux qui remettent en cause ce fonctionnement sont évincés par le président. Quant aux comptes de l’organisation, ils semblent en ordre, mais c’est une illusion. La FIFA se caractérise par une mauvaise gestion, des disfonctionnements structurels et des irrégularités financières

Malgré ce rapport et un scandale retentissant sur les pots de vins liés à la gestion des droits télé, Sepp Blatter réussit pourtant à se maintenir au pouvoir.

Dans ce « système », on découvre aussi les programmes de développement détournés de leur objectif : de l’argent disparait parfois dans d’étranges circonstances, notamment sur le continent africain, comme en témoigne l’ancien entraineur de l’équipe duBénin , René Taelman :

J’ai voulu monter un projet : une académie de formation nationale, couplée avec une formation d’entraineur. Au final, il y a un mur qui n’est pas terminé, idem pour un terrain où les herbes sauvages poussent. Un vrai gâchis financier. Cet argent est allé dans les poches de certains dirigeants.

« La FIFA protège les corrompus »

D’anciens responsables de la FIFA le reconnaissent aujourd’hui, comme Guido Tognoni , l’ancien conseiller deSepp Blatter :

Ce qui est similaire à la mafia, c’est que la FIFA a établi un filet autour du monde, un filet de pouvoir autour du monde qui, quelque fois est plus fort que le filet du gouvernement. Si le gouvernement veut éliminer les gens corrompus d’une association c’est la FIFA qui intervient et qui protège les éléments corrompus d’une association. Ça c’est un élément mafieux !

Blatter assure qu’il a toujours ignoré l’existence de ce système : « Je ne suis pas le comptable de la FIFA ! » répète l’homme qui est resté dix-sept ans à la tête de l’organisation. Il y a neuf mois, il répliquait ainsi à un journaliste de la télé suisse :

Dans ce cas il faudrait que j’ai un service de renseignements comme les Etats-Unis, comme la Russie, comme les Allemands. Mais je n’en ai pas. Le football est basé sur discipline, respect et fair-play !

Un discours qui ne convainc pas les fins-connaisseurs du « système Blatter », comme Mark Pieth , un juriste suisse qui a tenté de réformer la FIFA dans les années 2000 :

Il n’y avait pas vraiment de comptabilité raisonnable avant 2002. C’était apparemment normal qu’on puisse donner un million chaque année à un collègue sans trace dans la comptabilité. Entre copains.

Un système qui éclate aujourd’hui au grand jour après quarante ans d’impunité.

►►► Une enquête de Benoît Collombat diffusée ce vendredi 26 février à 19h20 dans Secrets d'Info, qui abordera aussi les relations Sepp Blatter-Michel Platini

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