Le procédé est unique en France : une professeure enseigne le chinois en même temps dans deux classes de sixième, présente, dans l'une et dans l'autre, par visioconférence.

Le professeur de chinois est à la fois devant sa classe à Jouet les Tours et par vidéoconférence devant les élevés de 6e du collège de Puits de la roche de Richelieu
Le professeur de chinois est à la fois devant sa classe à Jouet les Tours et par vidéoconférence devant les élevés de 6e du collège de Puits de la roche de Richelieu © Radio France / Sonia Princet

À l'heure où les zones rurales expriment leur sentiment d'être laissées pour compte, à travers le mouvement des "gilets jaunes" notamment, ce dispositif permet à des enfants éloignés des centres-villes d'accéder à des options rares. Cela se passe dans la petite commune de Richelieu, en Indre et Loire. L'enseignante se trouve , elle, dans un autre collège, près de Tours, à une heure de route.  

Des caméras, des micros au plafond, des enceintes, deux vidéoprojecteurs et un tableau numérique... Dans leur salle de classe, les onze élèves de 6e du collège de Richelieu répondent à leur professeur qu'ils voient sur grand écran et interagissent avec leurs douze autres camarades d'un collège de Joué-lès-Tours, à 60 kilomètres de là. 

Maxence, 11 ans, "ça fait un peu peur au début"

Grâce à ce système de visioconférence, l'enseignante Réna Wuziman peut s'adresser aux élèves de Richelieu comme s'ils étaient à côté d'elle. Elle peut même faire dialoguer les élèves des deux classes, de part et d'autre de l'écran. Mais elle a dû réorganiser tous ses cours, avec moins de support papier. Les collégiens aussi ont dû s'adapter à cette petite révolution : "Ça fait bizarre, dit Maxence, l'un d'eux, il n'y a pas la prof devant toi. J'ai eu du mal à m'habituer au début parce que j'ai toujours le trac devant des personnes que je ne connais pas. Ça fait un peu peur au début". 

Il y a bien eu quelques bugs, mais désormais tout fonctionne. Les contrôles écrits des élèves sont scannés. Et dans la classe, l'enseignante vérifie les exercices grâce à une caméra installée sur un bureau. Lili-Rose par exemple explique qu'elle pose son cahier sous un visualiseur lorsqu'elle écrit des caractères chinois et l'image est projetée dans la classe de Joué-lès-Tours pour que sa professeur puisse corriger.  

Donner les mêmes chances aux territoires ruraux

Cette nouvelle méthode d'apprentissage a des effets inattendus. Les élèves sont très attentifs et sérieux. Et ce n'est pas parce qu'ils sont particulièrement sages dans cette classe. Mériadek nous livre la raison : "Même si on chuchote, le son de l'autre côté va être amplifié. Si on bavarde, ça va s'entendre". Et Rémi ajoute : "Déjà le fait d'être filmé, enregistré, on a envie de se tenir tranquille pour ne pas avoir honte devant tout le monde". 

Ces collégiens ont bien conscience aussi d'avoir cette chance d'apprendre une langue rare. Sans la visioconférence ce serait impossible, selon Hervé Heugue, le principal du collège Le Puits la Roche, à Richelieu. Il précise qu'aucun enseignant ne serait venu pour trois heures de cours par semaine dans son établissement, trop éloigné de Tours. "Ce n'était pas rentable parce qu'il y aurait eu des frais de déplacement", dit-il. De plus, les cours ne peuvent pas être concentrés sur la même journée. Il aurait fallu qu'un professeur se déplace trois fois dans la semaine. Avec deux heures de déplacement et une heure de cours, cela bloquerait l'enseignant pour trois demi-journées. La visioconférence est donc la solution. 

On lève la main, exactement comme si la professeur était dans la classe
On lève la main, exactement comme si la professeur était dans la classe © Radio France / Sonia Princet

Une expérience amenée à se développer avec d'autres disciplines

L'installation pour les deux collèges a coûté 80 000 euros, financés par l'État et par le département d'Indre et Loire. Un vrai choix de la part de l'Éducation nationale pour désenclaver les zones rurales, en particulier Richelieu, où la plupart des familles sont de catégories socio-professionnelles défavorisées. Pour Isabelle Pillet, l'inspectrice de chinois sur l'académie, "il s'agit de donner les mêmes chances à ces élèves de Richelieu qu'à des élèves de grandes villes. Cette expérience, menée dans un premier temps avec le chinois, est amenée à se développer avec d'autres disciplines. On cherche aussi à augmenter l'ambition scolaire, particulièrement dans ces territoires ruraux". 

Mais bien sûr, tout le monde le reconnaît, cela ne remplace pas la présence d'un professeur dans la classe. Réna Wuziman vient une fois par mois à Richelieu. Rémi préfère quand elle est là. Il le dit avec ses mots d'enfant de 11 ans : "Le fait de rencontrer vraiment la professeur, ça nous montre que ce n'est pas juste une image, que c'est bien la réalité, et que c'est pas juste projeté au tableau et que ce n'est peut-être même pas des 'vraies personnes'.

L'enseignante, que nous sommes allés voir un peu plus tard dans son collège, à Joué-lès-Tours, confirme ce besoin d'un contact régulier. Elle reconnaît que c'était difficile de commencer un cours pour des élèves qu'elle n'avait pas rencontrés. Il lui faut créer un lien, surtout avec de jeunes élèves, pour leur donner confiance à travers un regard, un geste. Elle est allée trois fois à Richelieu depuis le début de l'année et c'est plus facile désormais. 

Le procédé a fait ses preuves. Les élèves vont continuer l'année prochaine en 5e, et de nouvelles classes bénéficieront de ces cours à distance.  
 

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