Depuis le mois de janvier, le CSA (le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel) demande aux radios nationales - dont France Inter - de compter le temps de parole des hommes politiques sur leurs antennes, en dehors des périodes électorales. Et il leur demande de transmettre chaque mois ces chiffres, afin de contrôler l'application de la fameuse règle anciennement dite des 3 tiers : c'est-à-dire un temps de parole équivalent pour le gouvernement, pour la majorité, et pour l'opposition parlementaire. A Aubervilliers, la société Yacast compte depuis le 1er janvier ces temps de parole pour Radio France (interview). Les questions des journalistes sont impitoyablement coupées au montage. Tout compte. Il faut remonter à 1969 pour retrouver trace de ce principe du temps de parole, dans une directive prise par l'ORTF. Il s'agissait alors de garantir un espace d'expression pour l'opposition. Depuis, la règle a évolué et s'est transformée en 2000 en "principe de référence" : on a ajouté, en plus de ces trois parts qui doivent être égales, une exigence de représentation "équitable", sans plus de détails, des partis non représentés au parlement. Et en 2006, le CSA a rajouté les courants politiques qu'on ne peut imputer ni à la majorité, ni à l'opposition, comme le Modem. Le temps de parole du président de la République n’est pas pris en compte. Traditionnellement, la parole du président et de ses conseillers n'est pas comptabilisée, car se situant au dessus des partis. Une pratique qu'a totalement révolutionnée Nicolas Sarkozy. Or, si l'on compte deux parts égales majorité + gouvernement + président, cela revient à donner 70% du temps de parole au camp majoritaire. Ceci explique l'émoi de la Société des Journalistes et des syndicats de Radio France face à la demande du CSA. Hubert Huertas, délégué du SNJ, est journaliste politique à France Culture (interview). Au CSA, hors micro, on se veut rassurant : cette demande faite aux radios, c'est par souci de transparence et de légalité, car on demande la même chose aux télévisions hertziennes depuis des années. Ces comptes servent surtout à pointer des dérives graves et les sanctions sont rarissimes. Le CSA reconnaît toutefois que le système est obsolète. Ce qu'on attend pour tout réformer ? Un arrêt du conseil d'Etat, saisi par le PS sur le décompte du temps de parole du président de la République. Si le conseil d'Etat demande un changement, le CSA est prêt à réfléchir. Car le système actuel ne satisfait pas grand monde, ne satisfait pas des députés de tous bords. (Interview du souverainiste Nicolas Dupont Aignan.) (Interview du communiste Patrick Braouézec) (Interview de l'UMP Benoît Apparu) C’est ce qu'on appelle un beau consensus politique ! Un reportage de Corinne Audouin.

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Page spéciale sur le temps de parole des hommes politiques à la radio

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