L'un des pilliers du pôle antiterroriste, le juge Thiel, dénonce publiquement des lacunes dans l'organisation et dans les relations avec la hiérarchie. Un début de crise, 2 ans et demi après le départ de Jean-Louis Bruguière. C'est le changement de génération qui semble poser problème. A l'époque de Bruguière, le pôle est souvent critiqué mais ça vient de l'extérieur, des avocats. A l'intérieur, Jean-Louis Bruguière dirige d'une main de fer une équipe resserrée, très concentrée sur l'islamisme radical, avec un domaine bien précis pour chacun. « Le chef écrit la partition, les juges se chargent de la mettre en musique ». Aujourd'hui, 8 juges, près de 180 enquêtes, et c'est l'un des deux rescapés de l'époque Bruguiere, qui critique de l'intérieur, pour la première fois, le fonctionnement. Gilbert Thiel ouvertement inquiet (interview). Gilbert Thiel fait partie des grands juges. Il est au pôle antiterroriste depuis 15 ans. Il est connu pour son caractère bien trempé, son franc parlé, ses enquêtes. Guy Georges, c'est lui. Le bagagiste de Roissy, c'est lui. Le terrorisme corse, c'est lui en priorité, depuis le début des années 2000. Or, il y a un peu moins de 15 jours, il a été court circuité sur un dossier, ce qui le conforte dans l'idée qu’on est en train d'assécher son cabinet (interview). Qui est designé par le juge Thiel ? D’abord le président du tribunal de grande instance, légalement chargé de désigner les juges enquêteurs, mais aussi le remplaçant de Jean-Louis Bruguière. Yves Jannier est en fonction depuis 2 ans maintenant. Il a fait savoir à certains juges qu'il n'était pas candidat pour la fonction, contrairement à Gilbert Thiel, qui n'a pas eu le poste. Est-ce que c’est une affaire de règlement de comptes ? Il y a des tensions entre les deux hommes. Cet été, Gilbert Thiel a écrit que son chef avait traîné dans un dossier. Il a aussi critiqué l'Elysée dans une autre affaire et il pense que son chef lui réserve une place de préretraité au service général. Mais il y a aussi des difficulté avec les affaires islamistes. D'après plusieurs acteurs du pôle, l'héritier de Bruguière, celui qui incarne sans conteste la lutte antiterroriste, Marc Trevidic, est un peu seul face à la montagne (interview). Cet été, il y a eu des tensions autour de l'affaire Karachi entre Marc Trevidic et son chef. Au pôle, il n'y a plus de réunion de service entre juges. Cette communication se fait par mail. Le nouveau chef, Yves Jannier, avait pour mission d'assainir le pôle, de le remettre en ordre, on peut dire aujourd'hui qu'il n'a visiblement pas réussi. _____ Un dossier signé Etienne Monin .

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