La donne a changé avec l’arrivée au pouvoir en Italie de l’extrême droite. Le ministre de l’intérieur de la Ligue Matteo Salvini a fermé les ports italiens aux ONG et en limite l’accès aux autres navires. La route entre la Libye et l’Italie devient de plus en plus périlleuse. Les morts se multiplient.

Des migrants regardent le littoral après leur sauvetage par l'Aquarius, au large de la Sicile, le 14 mai 2018
Des migrants regardent le littoral après leur sauvetage par l'Aquarius, au large de la Sicile, le 14 mai 2018 © AFP / Louisa Gouliamaki

Les navires des ONG ont été chassés ces dernières semaines, on ne peut plus secourir comme on le faisait avant. La conséquence est logique : il y a plus de morts en mer.

Le 12 juillet dernier, Médecins sans Frontières décomptait plus de 600 personnes noyées en quatre semaines. Pourtant les rescapés décrivent un "enfer libyen" qu’ils continuent de vouloir fuir à tout prix. 

Moussa a foulé le sol européen pour la première fois le 14 juin dernier. Débarqué dans le port sicilien de Catane avec quelques 900 autres rescapés. C’était le dernier grand débarquement en Italie. 

17 ans originaire de Guinée, Moussa a été secouru par l’Aquarius le navire de l’ONG SOS Méditerranée, puis ramené à terre par les garde-côtes italiens. 

Les ports sont fermés aux ONG depuis début juin

L’accès devient de plus en plus restreint pour tous les navires. Moussa raconte : "On a eu de la chance on est les derniers, mais c’est tellement de souffrance avant de prendre la mer. En Libye moi je n'ai pas mangé pendant trois semaines. J’ai été frappé, quand tu rentres en Libye c’est fini pour toi c’est fini. Il y a beaucoup d’Africains qui sont encore détenus là-bas. Il faut que l’Europe fasse quelque chose pour eux."

Aujourd’hui ce jeune Guinéen est protégé dans une structure pour mineurs isolés. Son témoignage, recueilli sous un prénom d’emprunt comme pour son compagnon d’infortune, Issa, Ivoirien. Leur parcours est commun : la traversée du désert, la prison en Libye, le travail forcé pendant une année et enfin une place sur une embarcation de fortune.

"T'es obligé de travailler, c'est comme du travail forcé explique Issa. Nous on travaillait de 8h à 22h. Chaque jour. Tu ne peux jamais dire que tu es fatigué. Quand tu t'arrêtes, il prend son arme et te menace. Tu n'es pas payé. Je faisais ça pour réussir à m’enfuir. Comme je travaille pour lui, pour me remercier il m'a fait monter sur le canot pneumatique. On était 70 personnes."

Issa comprend qu’aujourd’hui, s’il traversait de nouveau sur ce canot la Méditerranée, le risque serait encore plus élevé de mourir noyé. 

Depuis le début juillet, les victimes se comptent par centaines selon l’ONU

Ceci depuis que les garde-côtes libyens sont pleinement chargés de secours et que les ONG sont reléguées loin des eaux libyennes. 

Riccardo Gatti est le capitaine du navire d’Open Arms, une ONG espagnole : "Je le déplore mais je n’ai jamais vu de gilets de sauvetage à bord des moto-vedettes libyennes, par contre j’ai vu des Kalachnikov et j’ai vu comment ils les utilisent. Je peux te raconter ce que je vois moi en mer, comment ils m’ont tiré dessus, comment ils m’ont séquestré, comment ils ne portent pas secours aux gens et comment ils les frappent. Ça c’est un récit à la première personne, mais il y a des données objectives : les ONG ont été éloignées et depuis il y a plus de morts en mer." 

Face au nombre de victimes, le Haut-Commissariat aux Réfugiés réclame un renforcement des secours en Méditerranée et insiste sur le fait que la Libye n’est pas un port sûr. 

Roberto Mignone en témoigne, il est le chef de mission pour le HCR en Libye, il est en charge de protéger les réfugiés : "Nous avons constaté une augmentation du nombre de personnes renvoyées en Libye par les garde-côtes libyens dans les dernières semaines. Ils finissent tous dans les centres de détention. Ils étaient déjà très précaires, mais l'augmentation du nombre de personnes qui reviennent en arrière font que c’est pire maintenant. Nous avions recensé 5 à 6 000 personnes dans ces centres, en moyenne, avec tous les problèmes de surpopulations qui vont avec, mais étant donné que les garde-côtes les rapatrient en Libye, on est montés aujourd’hui à 10 000 environs." 

10 000 migrants enfermés dans les centres officiels de détention libyens au nombre de 17 au jour d’aujourd’hui. Sans compter les multiples centres clandestins, des cachettes sordides où toutes sortes d’abus sont perpétrées. 

En termes purement numériques la fermeture de la route méditerranéenne se traduit par une chute des arrivées en Italie : moins de 18 000 depuis le début de l’année. Cinq fois moins que l’an dernier sur la même période.

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