Israël va-t-il annexer 30% de la Cisjordanie occupée à partir du 1er juillet ? Le gouvernement doit se décider dans les heures qui viennent mais sur le terrain, les avis sont déjà très tranchés chez les colons israéliens et chez les Palestiniens.

Dans le village palestinien d'Arroub en Cisjordanie, les Palestiniens ne veulent pas entendre parler de l'annexion
Dans le village palestinien d'Arroub en Cisjordanie, les Palestiniens ne veulent pas entendre parler de l'annexion © Radio France / Frédéric Métézeau

À Kfar Etzion, entre Béthléem et Hébron en Cisjordanie occupée, le musée d'Histoire à la gloire de la colonisation et du sionisme a été installé dans un bâtiment contemporain cubique, construit en pierre blonde. Des appelés du contingent, des écoliers, des habitants du Goush Etzion (ce grand bloc de colonies au sud de Jérusalem) s'y rendent quotidiennement. Boaz, un ancien militaire français venu du Béarn, vit dans une colonie avec son épouse depuis deux ans. Pour lui l'annexion partielle de la Cisjordanie, proposée par le "plan Trump" et envisagée le 1er juillet prochain par Israël, n'est même pas une question :

Colonie, implantation, peu importe le terme, c'est de l'habillage. La politique n'est pas mon métier. Les gens viennent, ils émigrent... Comme tous les Juifs, à un moment donné, on rêve de revenir à la maison car cela fait plus de 2000 ans que nous sommes en exil. Nos ancêtres vivaient ici donc nous avons fait le choix de venir en Israël [ndlr : les colonies ne sont pas considérées comme faisant partie d'Israël, d'où le débat actuel sur l'annexion] et nous voulions aller sur une terre authentique. Ici on est servis ! Du moment que je peux vivre ici, travailler, évoluer, le reste est l'affaire des politiciens. Mais on est là."

Une colonie israélienne en cours d'agrandissement dans le Goush Etzion (au sud de Jérusalem)
Une colonie israélienne en cours d'agrandissement dans le Goush Etzion (au sud de Jérusalem) © Radio France / Frédéric Métézeau

Dans le musée ultra-moderne, un docu-fiction immersif raconte le massacre de combattants juifs - dont certains rescapés de la Shoah - tués sur les lieux par la légion arabe pendant la guerre d'indépendance de 1948. 72 ans après, la guide Sara Bronstein pense que les Palestiniens sont restés dans cette logique : "À la radio en arabe, ils disent qu'ils veulent tout Israël et pas seulement les Territoires. Ils veulent nous chasser d'ici, on se battra, on est chez nous."

Voilà pourquoi Sara ne veut pas d'un État Palestinien, même émietté, réduit, et sans continuité territoriale comme le prévoit le plan Trump : "Ce n'est pas possible, c'est suicidaire ! Nous ne parlons pas d'Andorre ou de Monaco.  On parle d'un pays dont les dirigeants appellent à notre destruction. Sur le terrain, tout est prêt pour que ça devienne vraiment Israël. Nous connaissons énormément de "Palestiniens", puisqu'il faut bien leur trouver un nom, qui vivent en paix avec nous. Si vous leur posez la question, ils défilent en disant qu'ils veulent vivre sous autorité israélienne."

Demandez à des femmes palestiniennes : sous quelle autorité veulent-elle être ?

Nous avons donc posé la question à Ramda qui vit à Arroub, le village palestinien en face de Kfar Etzion. Seule la route nationale sépare sa localité d'une zone militaire israélienne. La tourelle de béton avec drapeau blanc à étoile de David bleue fait face au minaret de la mosquée. À distance, Ramda répond à Sara :

On veut reprendre nos terres et cela ne peut se faire qu'avec l'autorité palestinienne.

"Si l'Autorité disparaît nous n'aurons ni terre, ni réparations, rien. Je ne renoncerai pas à mon identité de Palestinienne, impossible ! On est Palestiniens jusqu'au bout." Pour Walid, chauffeur de taxi dans la ville voisine de Beit Fajar, l'annexion aggraverait une situation déjà compliquée : "c'est difficile entre nous et les juifs. On est sous occupation, on ne peut pas aller où l'on veut comme on veut. Ils nous empêchent avec des checkpoints et tout le reste. Parfois c'est la police, parfois c'est l'armée. À chaque fois ils nous bloquent : le trajet qui te prend une heure un jour, te prendra trois heures ou une demi-journée le lendemain ! C'est usant. L'annexion va tout changer, la vie sera dure, ça va détruire notre économie, ça menace l'État Palestinien."

Face à une zone militaire israélienne, des Palestiniens patientent sur le parking des taxis
Face à une zone militaire israélienne, des Palestiniens patientent sur le parking des taxis © Radio France / Frédéric Métézeau

Vers une nouvelle intifada ?

Sur un mur d'Arroub est dessiné le visage d'un guérillero palestinien masqué avec un keffieh rouge et blanc. Chaque communauté cultive la mémoire de ses combattants et de ses victimes du passé, comme pour mieux préparer de futurs affrontements, et Ramda a peur des conséquences de l'annexion : 

On a peur d’une nouvelle intifada car le peuple ne pourra pas regarder l’annexion sans rien faire… Ce sont nos terres. Je n’ai pas peur de l’annexion, mais de ce qu’elle pourrait provoquer."

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