La forêt domaniale de Verdun, vue ici du fort de Douaumont, recouvre aujourd'hui le champ de bataille
La forêt domaniale de Verdun, vue ici du fort de Douaumont, recouvre aujourd'hui le champ de bataille © Radio France / Béatrice Dugué

Angela Merkel et François Hollande vont commémorer ce dimanche le 100e anniversaire de l'effroyable bataille de Verdun. Reportage en Meuse, dans le "creuset de l'enfer", ce champ de bataille de la Grande Guerre aujourd’hui recouvert par la forêt.

En 1916, plus de 300.000 soldats français et allemands sont tombés là, 1.000 par jour environ pendant 10 mois sur un front de 5 km de large et 10 km de long. Cette forêt domaniale de Verdun reste un cimetière, presque peuplée de fantômes pour un technicien forestier de l'ONF comme Guillaume Rouard .

On est obligé de penser à ces hommes puisque quotidiennement on tombe sur leur matériel, que ce soit de guerre ou de vie quotidienne. Je ne m’attendais pas à retrouver des corps, je ne m’attendais pas à côtoyer cette ambiance. En fait, hormis la végétation qui masque un peu ça, c’est resté tel quel quasiment depuis la guerre. On se dit que nos arrières grands-parents sont venus combattre ici, ont vécu ici et c’est parfois un peu émouvant.

La forêt s'étale aujourd'hui sur 10.000 hectares et n’a plus rien à voir avec le paysage d'avant-guerre, en 1914, comme explique le technicien.

Avant la guerre ici vous étiez en plein dans des champs, on est juste entre le village de Douaumont et le village de Fleury. Ici il n’y avait que des cultures, des prés et des vignes en versant sud. Les soldats faisaient les vendanges avec la population en 1915.

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Aujourd’hui il qualifie la forêt de "dense", "une végétation qui a repoussé toute seule, que des épines, impénétrable".

Pourtant après la guerre, la terre meusienne n'est plus qu'un no man's land de trous et de bosses, raconte Jean Paul Amat, professeur de biogéographie à la Sorbonne.

Tout a disparu et quand on voit les photographies aériennes, les écrits des soldats, il ne restait plus rien. Il restait les trous d’obus, il ne restait plus de végétation. En plus si on regarde du côté de la propriété foncière, il n’y avait plus de bornes de propriété, plus de repères, plus rien, c’était un terrain nu, y compris sur le plan foncier.

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Après plusieurs années de recherches des corps, de désobusage aussi du champ de bataille, les pouvoirs publics décident de reboiser la zone : 38 millions d'arbres ont été plantés entre 1927 et 1934. Il s’agit essentiellement de résineux venus de l'ennemi. Leçon d'histoire sur le terrain avec Jean Paul Amat et Frédéric Hinschberger , cadre technique de l'ONF.

Au titre des dommages de guerre, on s’est tourné vers l’Allemagne. On a décidé qu’une partie des dommages pourraient être en nature et que ce pouvait être des graines ou des plants, essentiellement du pin et de l’épicéa.

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Les arbres aujourd’hui se distinguent bien du haut du fort de Douaumont, qui donne une vision intégrale de la forêt, comme l’explique Frédéric Hinschberger.

Vous voyez vers le nord-est on distingue bien les peuplements sombres résineux qui datent encore du boisement d’après-guerre. On le distingue par exemple en contrebas de la ligne de crête. Là on est sur un ancien bois feuillu d’avant-guerre, détruit totalement par la guerre mais avec tellement de graines dans le sol ou de souches qui ont rejeté… On parlait de sols totalement stérilisés, pollués à l’extrême sur des profondeurs peut-être très importantes mais finalement on ne serait plus là que la nature sera encore là.

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Forêt de Verdun
Forêt de Verdun © Radio France / Béatrice Dugué

Les résineux de la forêt de Verdun plantés après la guerre (en rouge) contrastent avec les arbres qui ont poussé naturellement (en bleu).

Les amicales d'anciens combattants eux, voulaient conserver le champ de bataille nu, pour garder trace de l'horreur, chose impossible à cause de cette forme de résilience végétale. Du coup, le champ de bataille est caché aujourd'hui. Mais l'ONF recrée en ce moment des chemins en forêt et aux abords des musées, pour rendre visible les stigmates de la guerre. Le technicien forestier Guillaume Rouard s’attarde sur l’un d’eux.

C’est un boyau d’accès en fait. Il reste encore tous les piquets en béton. Çapermettait aux troupes qui arrivaient de Verdun d’accéder sans trop de risques au fort du Douaumont. On a tout nettoyé pour mettre tout en valeur, d’ici jusqu’au fort, donc sur 400 ou 500 mètres. Comme ça les gens peuvent suivre ce boyau.

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Cela permet aussi de donner une perspective différente selon le cadre technique de l'ONF Frédéric Hinschberger.

Ça permet quand on est dans la voiture de se dire 'tiens, c’est quoi ce sol lunaire ?' Il y a des cratères partout. Le deuxième objectif c’est de dire aux gens : venez un peu en forêt et vous allez vous retrouver un peu plus à l’échelle du combattant, alors que dans les grands sites vous allez approcher la stratégie, l’histoire, etc. Là dans les boyaux de communication, là dans un trou d’obus, il y a peut-être un gars qui est resté quinze jours là, tremblotant, dans la boue. On est plus à l’échelle de l’homme dès qu’on est sur les sentiers en forêt.

Le conseil départemental de la Meuse, la fondation du Patrimoine et l'ONF lancent une souscription en ce moment pour financer ces travaux forestiers, qui préservent le mémoire de la bataille.

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