Dimanche, les citoyens helvétiques se prononceront par référendum sur l'interdiction de construire de nouveaux minarets dans leur pays. A l'origine de cette initiative : la droite populiste et religieuse. Le sujet ne relève évidemment pas d’une simple affaire d'architecture, mais soulève un débat sur la place de l'islam en Suisse. Imaginez tout d'abord des minarets qui poussent comme des champignons sur fond d'alpage. Ce jeu video en ligne a fait scandale en Suisse en plein débat sur la place des musulmans. Baptisé « Minarett attack », le but : faire disparaître des imams qui appellent à la prière à coups de panneaux « stop ». Le message qui apparaît à la fin de la partie donne le ton sans ambiguité : « La Suisse est pleine de minarets, voter oui à leur interdiction le 29 novembre ». D'où est partie cette offensive contre les minarets ? Tout a commencé à Wangen, 4000 habitants en Suisse allemanique - il y a 4 ans. Une association turque dépose une demande de permis de construire pour un minaret symbolique de 5 à 6 mètres, au dessus de la mosquée. Malgré plusieurs recours des opposants au projet, la justice suisse donne raison aux musulmans, au nom de la liberté de culte. Une querelle de clocher dont s'empare la droite populiste et religieuse. Elle dénonce l'islamisme rampant, à l'image du député de l'Union démocratique du centre, Oskar Freysinger (interview). La Suisse est-elle réellement en train de se couvrir de minarets ? Aujourd'hui, des minarets, il y en a 4 en Suisse sur 200 lieux de culte musulmans - le plus ancien, celui de la mosquée Mahmud de Zurich date de 1963. Il se trouve dans un quartier huppé à la périphérie de la ville. De l'autre côté de la rue, le clocher de l'Eglise réformée est deux fois plus haut que le minaret. Pour son pasteur, Jurg Kaufman, un minaret a d'ailleurs tout-à-fait sa place dans une ville internationale comme Zurich (interview). Même sentiment à Genève, dans le quartier du petit Saconneix, où se trouve la mosquée, un édifice discret, inaugurée il y a 30 ans en présence du roi d'Arabie Saoudite. Sur les immeubles autour, certains ont éprovué le besoin de mettre des drapeaux suisse à la fenêtre, mais au café du coin, le minaret, ça ne dérange pas vraiment (interview). A l'intérieur de la mosquée, les fidèles venus prier dénoncent les peurs qu'on attise : après le jeu video, une affiche représentant un drapeau suisse hérissé de minarets et une femme voilée aux yeux menaçants a provoqué un tollé. Placardé aux 4 coins de la suisse, ça jette le discrédit sur des musulmans pourtant bien intégrés, s'insurge l'imam de la mosquée, Youssef Ibram (interview). Le chercheur Stephane Lathion, qui préside le groupe de recherche sur l'islam en Suisse, tente de dédramatiser. La crise économique se double d'une crise identitaire, dans un pays où le nombre de musulmans est passé en 30 ans de 10 000 à 400 000. La Suisse decouvre l'islam explique Stéphane Lathion (interview). Dans le monde arabo-musulman, pas de syndrome à la danoise. Les minarets ne sont pas les caricatures de Mahomet. Mais en Suisse, quel que soit le résulat du vote de dimanche, beaucoup en sont persuadés… le débat ne fait que commencer. _____ Un reportage de Delphine Simon à Zurich et à Genève.

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