L’ancienne centrale à charbon Orlando est devenue un bâtiment emblématique de Soweto dans la banlieue de Johannesburg
L’ancienne centrale à charbon Orlando est devenue un bâtiment emblématique de Soweto dans la banlieue de Johannesburg © Radio France

C’est l’un des enjeux de la Cop 21 qui s’ouvre lundi prochain à Paris. Les pays émergents peuvent-ils renoncer aux énergies fossiles polluantes ? Reportage en Afrique du Sud.

L’Afrique du Sud est le premier émetteur de gaz à effets de serre du continent, et le quinzième plus gros émetteur de la planète : 90 % de son électricité est fournie par le charbon. L’Afrique du Sud détient les 8èmes réserves mondiales de charbon (32 milliards de tonnes). Nous avons pu visiter l’une des 16 centrales à charbon d’Afrique du Sud, près de Johannesburg, la seule où les journalistes sont les bienvenus.

Le charbon est encore l’or noir du pays

Renoncer aux énergies fossiles polluantes alors que le charbon est encore l’or noir du pays ? Difficile, selon le directeur de la centrale Lethabo, près de Johannesburg, Thomas Conradie : "Le charbon est une bénédiction pour notre pays. Des centrales comme celles-ci ont contribué à son développement pendant de nombreuses années. Ca reste relativement peu coûteux, c’est une technologie que nous maîtrisons. Donc c’est une énergie facile à extraire."

> Le directeur de la centrale, Thomas Conradie :

Pourtant, depuis 2008, le réseau électrique sud-africain sature. Délestages, coupures de courant à répétition. C’est le quotidien des habitants, comme dans l’ancien township de Soweto dans la banlieue de Johannesburg où tout le monde à un plan B pour s’éclairer, se chauffer et cuisiner : "On utilise des bougies, des réchauds à paraffine, comme dans le temps. La paraffine on l’achète à la station service, ca sent très mauvais. Cette fumée ce n’est pas bon pour les yeux. C’est vraiment un problème…Au lieu de s’assurer qu’il y a assez d’électricité pour la population ils continuent de construire encore et encore comme ce centre commercial, vous voyez ?"

L’objectif est doubler la production d’énergie en 2030 en diversifiant ses sources d’énergie
L’objectif est doubler la production d’énergie en 2030 en diversifiant ses sources d’énergie © Agence Française de Développement

En ligne de mire : la compagnie d’énergie public Eskom, plombée par des problèmes financiers. L’objectif est de doubler la production d’énergie en 2030 (d’environ 40 à 80 GW). Le pays va diversifier son mix énergétique mais dans le même temps il construit deux centrales à charbon XXL : Médupi dans la province de Limpopo (4.800 MW) et Kusile à l’est de Johannesburg.

Un premier parc d'éoliennes au nord de la ville du Cap

La directrice de la nouvelle branche énergies renouvelables d’Eskom, l’équivalent d’EDF, Ayanda Nakédi, vient d'inaugurer une ferme éolienne de 100 MW au nord de la ville du Cap, à Sere : "Nous n’avons pas l’intention d’abandonner le charbon mais de réduire notre dépendance au charbon. Nous allons diversifier notre mix énergétique en 2030 et nous devrions avoir plus de nucléaire, du charbon mais moins qu'aujourd'hui."

Le géant public sud-africain Eskom vient d’inaugurer sa première ferme éolienne de 100 MW au nord du Cap
Le géant public sud-africain Eskom vient d’inaugurer sa première ferme éolienne de 100 MW au nord du Cap © radio-france / Sandy Dauphin

" L’Afrique a un fort potentiel hydraulique et solaire. Mais cela demande beaucoup de financements. Il faut apporter un soutien aux pays en voie de développement."

> Ayanda Nakédi, directrice de la nouvelle branche énergies renouvelables d’Eskom :

L’Afrique du Sud veut faire passer sa part d’énergies renouvelables de 5 % à 25 % en 2030 et dans le même réduire la part de charbon de 90 % à environ 50 %. Le pays, le seul du continent à être déjà doté d’une centrale nucléaire envisage également de construire 6 à 8 réacteurs nucléaires : la Russie, la Chine et la France sont candidates.

L’Afrique du Sud se tourne vers la France

Faut-il y voir un appel du pied avant la COP 21 ? Oui, probablement. C’est d’ailleurs un argument récurrent de l’Afrique du sud. Elle se tourne par exemple vers la France qui a longtemps été partenaire de sa filière charbon. Le générateur de la centrale Lethabo que nous avons visitée vient d’ailleurs de chez Alstom. Ce n’est que cet été que géant français Engie a annoncé qu’il renonçait à un projet de 600 MW en Afrique du Sud, à Thabametsi.

Avant ici c'était une vallée. Elle a été remplie de 19 millions de tonnes d'ordures. Les déchets se décomposent et émettent des gaz. Ce biogaz sont captés, injectés dans l'usine et la part de méthane est brûlée et fournit de l'électricité au quartier

Aujourd’hui l’Agence française de développement (AFD) ne finance que des projets climato-compatibles.

> Martha Stein-Sochas, directrice régionale de l'AFD en Afrique du sud :

Par exemple, un projet de méthanisation de la décharge de la ville de Durban. Le projet consiste à récupérer le méthane émis par la fermentation des déchets et à l’utiliser pour produire de l’électricité pour le voisinage, "Avant ici c'était une vallée, explique le directeur du site, John Plantin. Elle a été remplie de 19 millions de tonnes d'ordures. Les déchets se décomposent et émettent des gaz. Ce biogaz sont captés, injectés dans l'usine et la part de méthane est brûlée et fournit de l'électricité au quartier."

> John Plantin, directeur de la décharge de la ville de Durban :

Paradoxe de l’Afrique du Sud sur cette décharge de Durban : la technologie de demain cohabite avec le plus vieux métier du recyclage : des chiffonnières des bidonvilles ratissent la montagne d’ordures.

A lire aussi : Le charbon en Afrique du Sud est responsable de 2200 morts prématurées chaque année

> Consultez ici le rapport de Greenpeace

A Lire aussi : Les engagements de l'Afrique du sud à la veille de la COP 21

> [ Consulter ici l'INDC](: http://www4.unfccc.int/submissions/INDC/Published%20Documents/South%20Africa/1/South%20Africa.pdf)

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