Alors que la COP 25 débute le 2 décembre à Madrid, direction la petite île de Tangier, en Virginie, sur la côte Est des États-Unis. Le territoire est menacé par la montée des eaux et le réchauffement climatique. 450 personnes vivent là. En 2016, Tangier avait voté à 90% pour Donald Trump. Et continue de le soutenir.

Un panneau publicitaire à Tangier, et une affiche de soutien à Donald Trump
Un panneau publicitaire à Tangier, et une affiche de soutien à Donald Trump © Radio France / Grégory Philipps

Il faut une quinzaine de minutes en bateau, à naviguer à travers les cabanes à crabes et les casiers a huîtres, pour constater que peu à peu Tangier se noie. Le maire, James Eskridge a tenu à nous amener jusqu’à cette zone aujourd’hui complètement envahie par la mer, mais qui il y a environ 70 ans était encore habitée. 

La mer a progressivement grignoté l'espace. ici, l'ancien cimetière de Tangier.
La mer a progressivement grignoté l'espace. ici, l'ancien cimetière de Tangier. © Radio France / Grégory Philipps

"Le climat change, mais je ne crois pas que cela soit lié à l'activité humaine"

"Il y avait ici une communauté florissante", raconte l’élu. "Des pêcheurs de crabes, des ostréiculteurs. Les enfants jouaient là, il y avait une école, un petit magasin... Regardez là-bas ! On peut voir encore les tombes du cimetière. Je suis certain que ces gens-là à l’époque n’ont même pas imaginé qu’un jour, toute leur communauté allait disparaître sous l’eau." 

"Quand je viens ici, ça me rappelle ce qui peut nous arriver si nous n’obtenons pas la protection dont la baie a besoin." - James Eskridge, maire de Tangier

Le maire, ce jour-là, porte une casquette NRA (National rifle association, pour la protection du droit à posséder une arme), et arbore devant chez lui un drapeau "Trump 2020". Il a passé toute sa vie à pêcher des crabes. Comme le 45ème président des États-Unis, il se dit climatosceptique. D’ailleurs le problème selon lui, c’est l’érosion plutôt que l’élévation du niveau de la mer : "Notre île a perdu les deux tiers de sa superficie, de ses terres, depuis 1830. Alors certains parlent de changement climatique, de réchauffement de la planète et de montée du niveau des océans. 

Le maire de Tangier, James Eskridge
Le maire de Tangier, James Eskridge © Radio France / Grégory Philipps

"C’est vrai que le climat change", reconnaît l'édile, "mais je ne crois pas que cela soit lié à l’activité humaine. Je dis à mes administrés de ne pas perdre espoir, sinon c’est la fin de tout. Dans nos églises, nous prions constamment pour obtenir l’aide dont nous avons besoin. Afin que notre communauté ne disparaisse pas."

"Je n'ai pas peur de voir les eaux recouvrir la Terre, car Dieu nous a promis qu'il ne ferait pas cela"

Ce dimanche matin, dans l’une des deux églises du village, le pasteur Dwayne Crocket tient d’ailleurs à rassurer la population, quatre ou cinq familles, descendantes des premiers colons arrivés de Cornouailles à la fin du 17ème siècle : "Personnellement, je n’ai pas peur de voir les eaux monter et recouvrir la Terre", assure l'homme d'église. "Car Dieu nous a promis qu’il ne ferait pas cela. En revanche, il est écrit dans le Jugement Dernier que nous serons détruits par les flammes. J’ai plus peur du feu que de l’eau !"

L'église de Tangier, pendant l'office du pasteur Dwayne Crocket
L'église de Tangier, pendant l'office du pasteur Dwayne Crocket © Radio France / Grégory Philipps

Les scientifiques sont pourtant catégoriques. "Actuellement, dans la baie de Chesapeake, l’eau monte de 5 millimètres par an", explique David Schulte, biologiste pour le corps des ingénieurs de l’armée américaine. "Tous les cinq ans, le niveau de l’océan augmente donc de 2,5 centimètres. Les îliens ne veulent même pas penser à cela, car on ne peut rien faire contre ce phénomène."

Donald Trump lui-même a entendu parler de cette île de Tangier, et a téléphoné personnellement au maire pour lui dire qu’il allait l’aider. Et pourquoi ne pas construire… un mur (en fait une digue autour de la partie Est de l’île) ! Mais les travaux n’ont pas débuté et l’inquiétude reste présente. Dans le minuscule centre-ville où l’on ne circule qu’en voiturettes de golf, la seule école de Tangier a été surélevée. Et un petit musée propose d’en savoir plus sur cette "shrinking island", cette île qui rétrécit. À Tangier, Virginie, les habitants risquent bien de devenir un jour les premiers réfugiés climatiques des États-Unis.

Deux habitants de Tangier
Deux habitants de Tangier © Radio France / Grégory Philipps
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  • Grégory PhilippsGrand reporter, envoyé spécial permanent de Radio France à Washington
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