Ces dernières semaines, le Sénat, d'habitude si discret, a fait l'objet d'une polémique. Le Président du Sénat a été sévèrement critiqué par des élus de sa propre majorité, dans la presse et de façon anonyme. Christian Poncelet a été attaqué sur son âge, ses capacités physiques, ses difficultés à parler ou à parvenir jusqu'à son fauteuil pour présider la séance. Qu'en est-il exactement ? Doit-on s'inquiéter quand on sait que c'est le deuxième personnage de l'Etat, censé assurer l'intérim en cas d'empêchement du président de la République ? Ou est-ce que ce ne sont que les prémices de la guerre de succession pour la présidence du Sénat ? Que se passe-t-il réellement dans les couloirs feutrés du Palais du Luxembourg ? Tout d'abord, le président du Sénat ne décolère pas. Attaqué pour sénilité avancée, il cherche les coupables de ces "calomnies", dit-il. Des élus UMP, qui sous couvert d'anonymat, s'en sont pris à son âge et à sa forme. A 77 ans, l'intéressé dément pourtant toute baisse de régime. Interview de Christian Poncelet. On ne peut pas dire que Christian Poncelet soit fatigué, en tous cas il ne le montre pas. Son rythme est même plutôt soutenu, avec des allers-et-retours chaque semaine entre Paris et les Vosges où il est aussi président du conseil général. Il voyage beaucoup à l'étranger. En septembre, il est allé en Chine, en Italie, en Allemagne. La semaine dernière en Roumanie. Et il se rendra en Iran dans deux mois. On ne peut donc pas parler d'une « pohérisation » du Sénat, comme certains le laissent entendre. Alors effectivement le souvenir des années Poher est dans tous les esprits. Alain Poher, resté à la tête du Sénat pendant 24 ans, a eu du mal à aller jusqu'à la fin de son huitième mandat. Il y a eu ensuite les années Monory, un président malade lui aussi. Par conséquent l'âge du président est toujours un sujet de polémique. L'avis d'un spécialiste, le sénateur Hubert Falco, ancien secrétaire d'Etat aux personnes âgées dans le gouvernement Raffarin. Interview d'Hubert Falco. Pour Hubert Falco, l'âge n'est pas forcément ce qui prime. Beaucoup de sénateurs le confirment. Et paradoxe, ce sont les élus de gauche qui en parlent le mieux, comme Daniel Raoul, 64 ans, socialiste du Maine-et-Loire. Interview de Daniel Raoul. Pour Daniel Raoul, Christian Poncelet est encore tout à fait "opérationnel", "très vert" et même redoutable, disent certains. "Roublard et mâlin politiquement" affirment d'autres sénateurs de l'opposition, qui soulignent à juste titre que l'an dernier lorsque le président du Sénat a été réélu triomphalement, à une très large majorité, pour un troisième mandat, il avait déjà... 76 ans. Alors qu'est-ce qui a changé en un an ? Ce qui a changé, c'est la date des prochaines élections sénatoriales prévues à l'origine en septembre 2007 et repoussées à 2008, pour éviter un télescopage avec la présidentielle et les législatives. Or, Christian Poncelet, qui aura alors 80 ans, a déjà annoncé qu'il ne se représenterait pas au poste de président. Mais 2008, c'est loin, trop loin au goût de certains qui se verraient bien lui succéder avant. Pour cela, il faudrait le pousser à démissionner. Alors affaiblir le président, pour le pousser à démissionner ? Les prétendants déjà se bousculent. Aucun n'est officiellement candidat, mais on sait que certains y pensent très fortement. Parmi eux, Jean-Pierre Raffarin, réélu sénateur il y a un mois, le maire de Marseille Jean-Claude Gaudin ou encore l'ancien ministre Alain Lambert qui s'était déjà présenté contre Christian Poncelet l'année dernière. La bataille est donc déjà engagée. Du coup, certains trouvent que l'ambiance n'est pas très bonne au groupe UMP. Le président du groupe Josselin de Rohan a dû remettre de l'ordre dans ses troupes. Interview de Josselin de Rohan. C'est effectivement l'institution qui est une fois de plus montrée du doigt. Cette "anomalie démocratique", comme disait Lionel Jospin. Une assemblée vieillissante, abritant des hommes politiques en bout de course. C'est le constat qu'en fait David Assouline, jeune sénateur PS de Paris. Interview de David Assouline. Pourtant, il faut noter quelques progrès. Le mandat des sénateurs a été raccourci à 6 ans au lieu de 9 auparavant. Il y a donc un léger rajeunissement. La moyenne d'âge est de 58 ans chez les sénateurs alors qu'elle est de 53 ans chez les députés. Valérie Létard, 43 ans, élue centriste du Nord déplore la caricature d'un Sénat vieux et macho. Interview de Valérie Létard. Rendez-vous en 2008, donc, pour voir si les sénateurs ont retenu la leçon. Un dossier de Sonia Bourhan, journaliste au service politique de France Inter.

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