Que sont devenus ces 150 citoyens tirés au sort ? Leur rapport a été présenté cet été avec près de 150 mesures contre les émissions de CO2. Leur première mission est accomplie mais l'aventure est loin d'être terminée. En attendant la publication d'un projet de loi, certains s'engagent pour le climat. Leur vie a changé.

Agnès Catoire soutient les militants qui ont décroché des portraits d'Emmanuel Macron pour dénoncer son "inaction climatique". Ici, derrière la Cour d'Appel de Paris.
Agnès Catoire soutient les militants qui ont décroché des portraits d'Emmanuel Macron pour dénoncer son "inaction climatique". Ici, derrière la Cour d'Appel de Paris. © Radio France / Célia Quilleret

Au petit matin, jeudi 23 octobre, des militants, décrocheurs de portraits d'Emmanuel Macron, sont convoqués par la Cour d'appel de Paris. Ils risquent quelques centaines d'euros d'amende pour avoir décroché, et donc volé, ces portraits officiels dans les mairies. Parmi les personnalités venues les soutenir apparaissent Cécile Duflot, directrice d'Oxfam France, Jean-Pascal Van Ypersele, climatologue et ancien vice-président du GIEC, ou encore Agnès Catoire, citoyenne tirée au sort pour la Convention pour le climat. Elle ne représente pas les 150, mais vient en son propre nom. Elle prend le micro avant de témoigner à la barre. "Je suis venue témoigner de mon expérience au sein de cette Convention, car je pense que sans ces actions menées par les décrocheurs, la convention citoyenne n'aurait jamais eu lieu et je ne serai pas là actuellement", insiste-t-elle.

Depuis un an, Agnès Catoire a bien pris conscience de l'urgence climatique. Elle regrette qu'Emmanuel Macron n'ait pas donné suite à certaines mesures comme la demande d'un moratoire sur la 5G, avant de lancer les appels d'offres. Agnès Catoire devient presque militante. "On a identifié une vingtaine de mesures qui sont en danger, précise-t-elle, il est vrai que nous sommes inquiets". Et pourtant, elle estime, comme les militants activistes pour le climat, que la situation "ne peut plus attendre", surtout à quelques semaines des cinq ans de l'accord de Paris sur le climat.

Une "carbon killeuse" en campagne

Au même moment, Mélanie Cosnier, autre citoyenne tirée au sort, arrive à Paris en train et en métro de sa commune de la Sarthe de 600 habitants. Elle a rendez-vous à l'Assemblée nationale pour aller rendre visite à des salariés de l'entreprise Safran, avec des députés, sans doute pour discuter des effets des mesures proposées par les citoyens sur le secteur aérien. Pendant qu'elle passait ses week-ends au Palais d'Iéna, à Paris, elle a été élue maire de sa commune. Aujourd’hui, elle vise même les élections régionales. "C'est Mathieu Orphelin (député, ex-LREM) qui est venu me chercher", confie-t-elle. "Je me suis engagée, j'ai signé un appel pour une région Pays de la Loire, citoyenne, écologique, et solidaire, car je vois que les mesures que nous proposons ne trouvent pas toujours de réponses dans les ministères ou les parlements", explique-t-elle. Elle sait désormais défendre les mesures de la convention pour chasser les émissions de CO2. "On m'a dit que j'étais écolo, mais je suis plutôt "carbon killeuse", autrement dit chasseuse d'émissions de CO2, précise-t-elle, avec son sourire, "même si parfois, cela peut être casse-pieds". 

Des agendas dignes des cabinets ministériels

Un rendez-vous avec un député, une visite d'entreprise, une réunion zoom avec des citoyens... Aujourd'hui, Mélanie Cosnier a un agenda encore plus rempli que pendant la convention. Sylvain Burquier, publicitaire à Paris, est lui aussi surmené. Cette "vie d'après", passionnante, n'est pas toujours simple. Il en discute autour d'un verre avec d'autres citoyens un soir, dans un bar près de Pigalle. "En septembre, on a eu 60 rendez-vous, détaille-t-il, parfois je cale des réunions avant les journées de travail, et le soir, il faut lire le projet de loi de finances, c'est ouf", ajoute-t-il. Sans parler du stress de certaines réunions difficiles qu'il faut avoir préparé la veille pour le lendemain. Et quand ce publicitaire doit expliquer à ses clients que les panneaux lumineux par exemple dépensent trop d'énergie, cela se complique. Sylvain Burquier ne voit plus son métier comme avant. "C'est un peu schizophrène", admet-il. 

Lors de ce "clim'apéro", certains s'énervent contre le manque d'action du gouvernement, ils s'impatientent, attendent que le président redonne un cap, mais Mélanie Blanchetot, citoyenne plutôt optimiste, préfère garder espoir et regarder plus loin. "Cette convention sera utile quoi qu'il arrive", assure-t-elle. Un message d'espoir indispensable pour continuer à défendre les mesures de la convention.  Pour certains citoyens, cet engagement pour le climat, à différents niveaux, ira peut-être bien au-delà du quinquennat d'Emmanuel Macron.

Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.