En Irlande, ce week-end, le pape François a imploré le pardon des victimes de prêtres pédophiles. L’Église catholique de nouveau dans la tourmente, depuis qu’aux États-Unis un grand jury a révélé un scandale d’une ampleur quasi inédite : plus d’un millier d’enfants abusés durant des décennies par plus de 300 prêtres.

Dans l’État de Pennsylvanie, plus d’un millier d’enfants ont été abusés durant des décennies. Un scandale révélé au coeur de l'été
Dans l’État de Pennsylvanie, plus d’un millier d’enfants ont été abusés durant des décennies. Un scandale révélé au coeur de l'été © Radio France / Grégory Philipps

Sur la route de Reading, dans l’est de Pennsylvanie, on voit des panneaux tous les 5 ou 10 miles pour promouvoir Dieu et l’église, et puis ces radios chrétiennes qui alternent prêches et musiques religieuses. C’est ici que vit Mary Mac Hale, 46 ans. Elle avait 17 ans quand un prêtre a abusé d’elle. Elle n’en a parlé à personne avant ses 32 ans, puis a témoigné l’an passé devant ce grand jury. 

Du Pape, et de l’Eglise en général, elle attend beaucoup plus que des excuses : "J’ai déjà entendu trop de bonnes paroles, de la part de l’Église catholique, de l’institution, du Pape. On n'a pas besoin de prières, on a besoin qu'ils agissent !"

Mary fait partie des enfants abusés qui ont témoigné l’an passé devant le grand jury
Mary fait partie des enfants abusés qui ont témoigné l’an passé devant le grand jury © Radio France / Grégory Philipps

Aujourd’hui, Mary Mc Hale veut plus que des excuses : "Notre évêque, il a écrit une lettre pour demander pardon, et cette lettre est lue quasiment à toutes les messes de la région. Mais son nom est cité dans le rapport du procureur pour avoir couvert ces faits, pour avoir menti. Pendant des années ils ont pensé qu’ils étaient au-dessus de la loi et ils ne le sont pas. N’importe quelle personne aurait fait la moitié de ce qui a été relaté, et croyez moi c’est seulement la partie visible de l’iceberg, serait déjà en prison."

Le prêtre m'a amené dans un hôtel

Jim Van Sickle avait pleine confiance dans ce prêtre qui était aussi son professeur
Jim Van Sickle avait pleine confiance dans ce prêtre qui était aussi son professeur © Radio France / Grégory Philipps

Jim Van Sickle, un grand gaillard de 52 ans, a lui aussi témoigné devant ce grand jury de Pennsylvanie. Son histoire c’est celle de centaines d’enfants ou d’adolescents : un professeur - un prêtre en qui au départ il a toute confiance - : "David Paulson était mon professeur d’anglais. Un jour, j’étais en dernière année au lycée, il m’a emmené en pèlerinage dans l’Ohio pour voir un mausolée consacrée à la Vierge. Après cette visite il m’a amené dans un hôtel, pas du tout le genre d’hôtel où j’imaginais que David Paulson pourrait aller. L’endroit était sale, il y avait des lits ou si vous mettiez une pièce de 25 cents, le matelas se mettait à vibrer. Ce jour là, je l’ai repoussé une première fois. Puis il est allé dans la salle de bains. Il est ressorti nu, en érection. J’ai senti son souffle, son corps sur moi. Je me suis débattu mais j’avais l’impression qu’il avait au moins huit bras pour me maintenir. Finalement, j’ai réussi à le repousser. Et la seule chose dont je me souviens après, c'est qu'il m’a ramené à la maison et dans la voiture il m’a juste offert un pack de bières et n’a pas parlé de ce qui se venait de se passer. C’était la dernière fois que je le voyais jusqu’à cette année, et son audition préliminaire".

Matt Haverstick est l’avocat du diocèse. Pour lui tout ce qui est dénoncé appartient au passé
Matt Haverstick est l’avocat du diocèse. Pour lui tout ce qui est dénoncé appartient au passé © Radio France / Grégory Philipps

Direction Harrisburg, dans le sud de l’État, ou l’avocat du diocèse Matt Haverstick accepte de nous recevoir quelques minutes. Pour dire que tout ceci, ces histoire des agressions sexuelles, ou de viol, c’est du passé : "D’abord, Église et ce diocèse sont extrêmement compatissants avec ces survivants, ces enfants victimes d’abus sexuels. Mais ce qu’il faut que vous compreniez bien, c’est que cette église la n’existe plus. L’église ici aux États-Unis et dans ce diocèse est différente maintenant. Ces 20 dernières, on a beaucoup travaillé pour être certains que les enfants soient protégés."

Ils disent que l'Église a changé, je n'y crois pas

Jim Van Sickle : "L’Église et ses dirigeants ont fait quelque chose de mal. Et plutôt que de demander la clémence du Christ et des paroissiens, de demander pardon, et bien ils nous combattent. Ils disent que tout ceci est faux, que c’est vieux, que l'Église a changé. Moi je suis persuadé que, au moment où on se parle, d’autres enfants se font encore abuser mais ils ont peur de témoigner."

Quand à Mary, elle ne fréquente plus l’église catholique de Reading, mais espère que le pape François saura faire cesser ce scandale des prêtres pédophiles : "Je ne pratique plus la religion depuis quelques années. Mais je dois reconnaître qu'en regardant ce Pape, je me suis dit qu’il était peut-être en plus en capacité de faire bouger les choses que ses prédécesseurs."

La Pennsylvanie aura du mal à oublier que plus d'un millier d’enfants ont été abusés par plus de 300 prêtres
La Pennsylvanie aura du mal à oublier que plus d'un millier d’enfants ont été abusés par plus de 300 prêtres © Radio France / Grégory Philipps

En Pennsylvanie, sur les 300 prêtres épinglés par le rapport du procureur général de Pennsylvanie, seuls deux vont être poursuivis.
Parmi eux le Père Paulson, mais pas pour ce qu’il a fait subir à Jim Van Sickle, mais pour des faits plus récents.

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