La fermeture de 32 magasins et la suppression de 1 900 postes sur un peu plus de 8 500 : voilà ce qui attend Conforama en mars 2020, suite à l'annonce de sa direction, au début de l'été. Après des vacances passées dans l'attente et l'angoisse, certains salariés vivent leurs derniers jours dans l'entreprise.

Au Conforama d'Avignon, aucun investissement n'a été fait sur les dix dernières années, selon les syndicats.
Au Conforama d'Avignon, aucun investissement n'a été fait sur les dix dernières années, selon les syndicats. © Radio France / Adrien Bossard

Dans sa petite maison de plain-pied, à quelques kilomètres de Nîmes, Nadège profite de ses derniers jours de congés, avec ses deux enfants. Mais elle a, depuis le 2 juillet, jour de l'annonce du plan de restructuration, sans cesse la tête à Conforama. "En gros, on me dit : "Casse-toi". Ni plus ni moins. J'ai passé 17 ans dans cette entreprise mais c'est comme si je n'avais rien fait. Alors que moi, j'y ai laissé ma santé."

Nadège est travailleuse handicapée, depuis un accident de travail en 2007. En voulant prendre un micro-ondes en hauteur, son dos se bloque et son nerf sciatique droit se sectionne partiellement. Aujourd'hui, elle marche difficilement et redoute de se retrouver sur le marché du travail, car son poste fait partie des trois postes qui seront supprimés au Conforama nîmois. Mais Nadège ne comprend pas pourquoi. "On m'a clairement indiqué, que le poste d'hôtesse d'accueil téléphonique serait supprimé, ce qui correspond à mon intitulé sur la fiche de paie. Or, dans les faits, je suis hôtesse enlèvement au service après-vente, c'est même marqué sur mon badge", dit-elle en le montrant. "J'ai alerté ma direction, à plusieurs reprises, pour dire que je ne comprenais pas pourquoi l'intitulé de mon poste sur ma fiche de paie ne correspondait pas du tout au poste que j'occupais réellement. Mais on m'a toujours dit que ça ne porterait pas préjudice. Et en fait si.

Nadège montre son badge professionnel, qu'elle s'attend à rendre après 17 ans d'ancienneté.
Nadège montre son badge professionnel, qu'elle s'attend à rendre après 17 ans d'ancienneté. © Radio France / Adrien Bossard

Pour moi, depuis début juillet, je sais que c'est mon dernier été à Conforama. Donc je le vis un peu comme un adieu."

Ayant "peur" pour l'avenir, Nadège a annulé ses vacances au dernier moment. Marie-France, elle non plus, ne sait pas de quoi sera fait demain. Agent de maîtrise au magasin d'Avignon, son poste sera supprimé. Sera-t-elle reclassée ou licenciée, après 37 ans d'ancienneté ? "Vous vous rendez compte, ça fait quasiment deux mois que je me pose la question et je n'ai pas de réponse." Elle devrait être fixée au mois de septembre, quand le Comité central d'entreprise se tiendra. Mais elle ne se fait guère d'illusions. "Pour moi, depuis début juillet, je sais que c'est mon dernier été à Conforama. Donc je le vis un peu comme un adieu. Je suis à deux ans et demi de la retraite, c'est rien pour Conforama deux ans et demi. Mais moi, ça va chambouler toute ma vie et influencer sur le niveau de ma retraite. Tout ça à cause de nos dirigeants", soupire-t-elle.

Un plan de restructuration "vital" selon la direction 

Ces cinq dernières années, Conforama s'est lancé dans une politique de croissance coûteuse. Trop côuteuse. L'ouverture en grande pompe de plusieurs magasins et les difficultés financières d'autres ont causé des pertes colossales de 500 millions d'euros. Contacté, le service de communication de la direction reconnait "des erreurs de gestion" et estime que si rien n'est fait maintenant, "c'est toute la boîte qui coule". "Avec ce plan de restructuration vital, nous garderons un fort maillage sur le territoire grâce à nos 164 magasins. La fermeture des 32 autres était nécessaire, ils n'étaient plus viables", poursuit le service communication de Conforama.

Stéphane Roda, élu CGT au magasin d'Avignon, et membre du Comité central d'entreprise, n'est pas du même avis. "Ce qui est fait en ce moment peut amener à la destruction de Conforama. 32 magasins qui ferment, cela signifie que vous avez en gros 15% du parc qui disparaît. Vous n'avez pas les mêmes conditions d'achat des produits quand vous perdez autant de magasins. Votre négociation auprès des fournisseurs n'est plus la même. Donc si Conforama ne nous présente pas un autre plan, je ne vois pas comment on va pouvoir exister dans les cinq ou six ans à venir." 

Stéphane Roda, en discussion avec une salariée d'Avignon.
Stéphane Roda, en discussion avec une salariée d'Avignon. © Radio France / Adrien Bossard

Certains sentent le coup venir et préfèrent partir, comme celle que nous appellerons Sophie. Son magasin à Orange va fermer, cinq ans seulement après sa création. "J'ai l'impression qu'une deuxième vague va arriver après nous. Et je n'ai pas très envie de revivre ce que nous avons vécu à Orange, car ça a été un choc pour tout le monde. On s'est tous sacrifié pour que ce magasin marche."

Prime, formation ou pourquoi pas une validation des acquis, elle attend de voir maintenant avec quoi elle pourra partir.

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