La papeterie Arjowiggins à Wizernes, dans le Nord-Pas-de-Calais, en 2014
La papeterie Arjowiggins à Wizernes, dans le Nord-Pas-de-Calais, en 2014 © MaxPPP

Alors que la publication des chiffres du chômage pour le mois de mars est imminente, quelque 300 salariés d’une papeterie du Nord-Pas-de-Calais attendent avec anxiété les mesures de reclassements annoncées ce lundi par leur direction. Marie est l'une d'entre eux. Trois fois dans sa carrière, elle a connu le licenciement, dans la deuxième région la plus touchée par le chômage.

Les chiffres du chômage seront publiés ce lundi soir, puis commenté dans les médias. Un peu plus tôt dans la matinée, les 307 salariés de la papeterie Arjowiggins de Wizernes, à côté de Saint-Omer, dans le Nord-Pas-de-Calais, seront reçus par leur direction pour évoquer les mesures de reclassement du plan de sauvegarde de l'eemploi validé une semaine plus tôt. Avant le 30 juin, ils recevront leur lettre de licenciement.

Le papier et le cristal ont perdu 8.000 emplois en 15 ans

Claudie Beck est l'une d'entre eux. A 54 ans, si elle a encore le sourire d'une femme épanouie dans son travail. Aujourd'hui, elle est désemparée. Elle travaille depuis l'âge de 18 ans dans les papeteries de la Vallée de l'Aa, jusqu'alors première ressource d'emploi aux côtés des Cristalleries d'Arques. Le cristal et le papier, deux secteurs qui ont perdu 8.000 emplois depuis le milieu des années 2000.

Chaque cas est un drame... il y a ici des gens chez nous qui ne sont que papetiers. Pour eux c'est un drame : à part la papeterie, ils ne connaissent rien. Ils ne pourront pas aller dans la métallurgie... C'est une angoisse terrible...

"Il n'y aura plus de papier dans la Vallée de l'Aa ", Claudie Beck, 54 ans, et bientôt trois fois licenciée :

Le 1er juin, faute de repreneur, l'immense machine du fabriquant, qui crache jusqu'à 140.000 tonnes de papier par an s'arrêtera. Claudie Beck, elle, recevra quelques jours plus tard la troisième lettre de licenciement de sa carrière.

Des espoirs déçus au supplice

Avec ses collègues, Claudie Beck a passé une année entière à attendre un hypothétique repreneur qui aurait sauvé leurs emplois, une solution à laquelle tout les monde voulait croire, du ministre Arnaud Montebourg aux syndicats de la papeterie après l'annonce du plan de restructuration qui prévoyait la vente ou la fermeture de trois usines d'Arjowiggins. Pour les salariés, cette année entière d'espoirs déçus sans aucunes véritables informations s'est transformée en supplice.

On ne prend pas la pleine mesure de ce que peut etre un licenciement. On espère toujours un sursaut. Que quelque chose arrive

Claudie raconte : "On ne prend pas la pleine mesure de ce que peut etre un licenciement. On espère toujours un sursaut. Que quelque chose arrive. Et puis on cherchera du travail, les yeux rivés sur sa boite mail. La boite mail, elle, restera silencieuse. et moi je mourrai à petit feu "

Avant que n'arrive la lettre fatidique, Claudie décrit l'insupportable temps de l'attente. Celui où elle "guette". Ici des signes sur le visage de ses chefs de service. Là auprès de ceux des syndicalistes. Las.

Sacrifiée au profit d’expansion et d’achats malheureux

Bercy et ses agences disent avoir tout tenté pour faire venir un repreneur dans un secteur, "le papier d'impression et le papier glacé pour les magazines" qui est pourtant en pleine récession. Touché par la révolution du numérique, on consomme aujourd'hui 40 % de papier en moins depuis 2008. Le papier d'impression les ramettes d'imprimantes et le papier magazine fabriqué à Wizerne est un marché en régression de 8 % par an. Au bord du gouffre avec une dette de 700 millions d'euros fin 2013, Arjowiggins et son groupe SEQUANA numéro 2 mondial ont du abandonner leur activité la moins stratégique. En abandonnant la R&D au profit d’expansion et d’achats malheureux, Claudie Beck, comme les syndicats de la papeterie, considère avoir été sacrifiée.

Cela parait si banal, le mot reclassement. Mais pour moi, c'est recyclage. Comme un détritus. Dans quelle boite on va le mettre celui là. Et elle ? Quel âge a-t-elle ? 54 ans... pas de diplôme, secrétaire ? Qu'en faire ?

Claudie ne veut pas baisser les bras, mais se sent déshumanisée, déconsidérée :

Les primes de reclassements ne compenseront pas les baisses de salaires, incontournables lorsque les salariés licenciés après une vingtaine d'année à un poste se voient proposer un nouvel emploi sans leur prime d'ancienneté. Laquelle peut représenter jusqu'à 20 % de leurs salaires).

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