Nous sommes revenus au Parlement, là où l'affaire Benalla a marqué d'une pierre noire le quinquennat Macron. La fin de l'innocence de la jeune République en Marche, confrontée à sa première grosse épreuve. Et la réhabilitation du Sénat, qui a retrouvé là ses lettres de noblesse.

Alexandre Benalla, lors de son audition au sénat
Alexandre Benalla, lors de son audition au sénat © AFP / Bertrand Guay

Dans la torpeur de l'été, c'est un séisme politique. L'affaire Benalla fait la une des médias, passionne les Français, et chamboule l'agenda. Le gouvernement, en proie à deux motions de censure, reporte l'examen de la révision constitutionnelle et fait face aux deux commissions d'enquête parlementaire réclamées par l'opposition. À l'Assemblée nationale, elle est présidée par la "marcheuse" Yaël Braun-Pivet.

"Cette affaire a cristallisé beaucoup de choses au cours de l'été. Un moment extrêmement politique finalement. On a passé un cap, on était peut-être trop techniques avant. Avec l'affaire Benalla, on s'est retrouvés avec des gens qui ne faisaient que de la politique, et donc, on a été au diapason."

Deux personnalités opposées à la tête de la commission à l'assemblée, la marcheuse Yaël Braun-Pivet et le LR Guillaume Larrivé
Deux personnalités opposées à la tête de la commission à l'assemblée, la marcheuse Yaël Braun-Pivet et le LR Guillaume Larrivé © AFP / Gérard Julien

La République en Marche obligée donc de se politiser face à une opposition unie et offensive. Yaël Braun-Pivet raconte: "Très vite, je me suis rendue compte que tout était prétexte, que rien ne satisferait l'opposition, parce que l'objectif qui était poursuivi par l'opposition n'était absolument pas d'établir la vérité, de tel fait ou de tel dysfonctionnement, mais d'affaiblir le pouvoir, avec une séquence qui était très claire à cet égard." Yaël Braun-Pivet fait alors le choix de refuser des auditions réclamées par l'opposition. "J'aurais accepté 50 auditions, on aurait été clashés sur la 51ème que j'aurais refusé".

La commission impossible

À gauche de Yaël Braun Pivet, dans la petite salle de la commission d'enquête, Guillaume Larrivé, co-rapporteur Les Républicains et épine dans le pied de sa collègue. Agacé de n'obtenir plus d'auditions, il claquera la porte, suivi de ses troupes et de toute l'opposition.

"Ce qui est triste, c'est que la majorité des députés de l'Assemblée nationale ont démontré, hélas, qu'ils étaient aux ordres de l'Élysée. Je ne voulais pas être complice d'une sorte de mascarade, que mon nom soit utilisé sur un vrai faux rapport, dont les conclusions auraient été écrites à l'Élysée."

Fermez le ban, c'est vers un autre palais, le Sénat et sa commission d'enquête, que les regards se tournent alors pour établir si, oui ou non, il y a eu dysfonctionnement de l'État. Pour Philippe Bas, président LR de la commission, la grande leçon de cet été, "c'est la révélation de l'importance des pouvoirs de contrôle du parlement."

Au sénat, les auditions s'enchaînent, une quarantaine d'heures au total
Au sénat, les auditions s'enchaînent, une quarantaine d'heures au total © AFP / Alain Jocard

Au Sénat, la droite est majoritaire. L'opposition fait donc la loi et auditionne sans limites, jusqu'à Alexandre Benalla lui-même. La majorité et un certain nombre de ministres dénoncent une instrumentalisation politique. Une accusation qui fait bondir Jean-Pierre Sueur, co-rapporteur socialiste.

"Je refuse qu'on me prête des intentions politiques quelles qu'elles soient. Mon but n'est pas de porter tort à quiconque. Notre but, c'est de mettre le doigt sur ce qui a dysfonctionné, d'en tirer les conséquences et de faire des propositions".

Le rapport tant attendu

Pour Philippe Bas, l'affaire Benalla a permis au sénat de prouver sa qualité de contre-pouvoir
Pour Philippe Bas, l'affaire Benalla a permis au sénat de prouver sa qualité de contre-pouvoir © AFP / Bertrand Guay

Au total, la commission d'enquête du Sénat réalise une quarantaine d'heures d'auditions publiques, retransmises à la télévision. Pour quel résultat ? Un rapport que l'on attend encore, faute de documents réclamés mais toujours manquants, selon Philippe Bas. "Des difficultés qui ne sont pas résolues par exemple, à obtenir tout le dossier préparatoire à la décision du préfet de police sur le permis de port d'armes de monsieur Benalla."

Il vaut mieux prendre le temps de sortir un bon rapport plutôt que d'en sortir un qui serait lacunaire.

Un rapport pour connaître la vérité, faire des propositions aussi pour améliorer la sécurité présidentielle. Mais pour Philippe Bas, il est des questions qui resteront en suspens sur le rôle exact de l'homme du président. Le Sénat, tout opiniâtre qu'il soit, ne percera pas totalement le mystère Benalla.

Quel était le rôle exact d'Alexandre Benalla? Aujourd'hui, le mystère demeure.
Quel était le rôle exact d'Alexandre Benalla? Aujourd'hui, le mystère demeure. © AFP / Philippe Wojazer Pool
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